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les martyres de la bibliotheque nationale
la Republique des Lettres telle qu'en elle meme dans son saint des saints
idéologues et martyres.la Republique des Lettres telle qu'en elle meme dans son saint des saints:
Dans ses Memoires,l'abbé Grégoire estime à 7,5 millions le nombre d'ouvrages imprimés et manuscrits que les réquisitions parfois improvisées firent passer des propriétés des nobles et du clergé dans les collections nationales.Son estimation est fiable puisqu'il était responsable en 1792 du rapport concernant le catalogue des bibliotheques éparses dans les districts.La meme année la Bibliotheque Royale devenait Bibliotheque Nationale, ce changement de désignation ne fut pas qu'une adaptation cosmétique.
Ces grandes manoeuvres nécessaires à toute révolution culturelle ne peuvent malheureusement jamais se réaliser sans bavures et autres réglements de compte factieux ou l'ambition débridée se livre aux intrigues les plus viles.
Le 28 aout le citoyen Girey Dupré se voit cité à comparaitre devant le conseil général des commissaire de sections.Girey Dupré sous conservateur aux manuscrits de la bibliotheque nationale a le chef paré d'une seconde casquette,en un temps ou les tetes tombent sous le couperet il avait là une bonne raison d'etre doublement méfiant,le rédacteur du Patriote Français essaie de ne pas s'en laisser imposer par cette engeance et il dénonce par écrit à l'Assemblée Nationale l'usurpation de pouvoir des commissaires provisoires de la commune de Paris."Revétu comme écrivain patriote d'une sorte de législature morale,j'ai élevé ma voix contre ces commissaires,ils ont voulu m'effrayer par l'appareil de leur puissance:mandé à la barre,j'ai refusé d'avilir la qualité de citoyen en obeissant à l'ordre tyranique." En effet les commissaires de section par l'interprétation de la notion d'atteinte à la sureté de l'état délivraient hors de toute juridiction des mandats d'arret.Il tombe cependant le meme jour sous le coup d'un mandat d'amener.
Le conservateur de la bibliotheque ,D'Ormesson,destitué le 10 aout sous le ministere Rolland venait d'etre remplacé par Cara et Chamfort.
Dans la situation on ne peut soupçonner de cabotinage ni Cara,un journaliste proche des girondins,ni Chamfort l'écrivain.
Ils sont arrétés le 2 septembre ainsi que le bibliographe Van Praet, bibliothecaire depuis 1784,et l'abbé Barthelemy,conservateur du cabinet des médailles depuis 1753 et écroués à la prison des Madelonettes.
L'attention des défenseurs de l'ordre nouveau que leur a attirée les délations insistantes de Tobiesen,un sous gratte papier,envieux et stupide du cabinet des estampes,se justifient pour Cara parce qu'il est dans la mélée et pour Chamfort par les précédents en l'espece de sa collaboration avec Mirabeau à Considérations sur l'ordre de Cincinatus en 1784.
Ils voient alors des premiers rangs les évenements du 2 et 3 septembre.
Van Praet qui réussit à s'échapper va se terrer pendant 3 mois chez un républicain au dessus de tout soupçon,le libraire Th.Barrois.
Champfort et Barthelemy élargis après trois jours d'incarcération peuvent réintégrer leur fonction mais avec une garde à vue,une surveillance rapprochée.Ils devaient en outre salarier l'ange gardien de la nation qui ne les quittait pas d'une semelle.Tres vite à ce régime Champfort à les nerfs à vif.Les purges par lesquelles les factions veulent affirmer le monopole du pouvoir dans l'administration font rage.En Octobre,anticipant les missionaires de 93, Isabeau et Tullien délégués de la convention ont annoncé depuis Bordeau l'arrestation des brissotins Biroteau (qui sera exécuté le 29 octobre)et Girey Dupré.Cara est exécuté le 30 octobre.
Un beau jour un gendarme surgit inopinement.Saisi de panique Champfort réussit à s'isoler un bref instant,se tire une balle dans la tete à l'aide d'un pistolet,et conscient qu'il s'est raté,il cherche à s'achever en se coupant la gorge avec un rasoir.Cependant les autres se saisissent de lui et arrivent à le ramener à la vie.Il ne décédera que le 13 avril 94 à 53 ans.
Le successeur de Champfort,Lefevre de villebrune,un affidé de robespierre ,essaie de reprendre la persécution contre Barthelemy,Desaulnays et Van Praet qui a été reintégré,mais sa destitution suit aussi la chute du tyran.
La destinée de Chamfort est par ailleurs exemplaire des procédés qui font loi dans la République des Lettres:profitant de cet embarassant cadavre,un proche fait main basse sur les notes soigneusement archivées dans un carton.Ce qu'il en reste formera l'ensemble des Maximes.
En 1801 les consuls de la république pour réaliser le transfert de la Bibliotheque nationale au Louvre prennent un arrété d'expulsion des occupants des batiments,la plupart sans droit ni titre.En effet,sitot délaissés par Louis 14 la plupart des locaux avaient peu à peu été occupés par une pépiniere d'artistes en tout genre dont la présence se manifestait par un ensemble de tuyaux de fournaux dépassant des fenetres de la façade coté rivoli .Le cabinet des médailles est cambriolé une premiere fois en fevrier 1804:le trésor,d'ailleurs fruit de pillages successifs recélés là,le vase des Ptolémés,le calice de Suger,la couronne d'Agilufus etc... ce qui n'avait pas été "fondu", sera retrouvé en Hollande peu après et les auteurs du casse arrétés .
Dans ses Mémoires Vidocq n'est pas avare de détails sur les contacts qu'il avait chez les recéleurs bataves.
Aprés avoir définitivement conquis la notoriété dans le monde très fermé de la citoyenneté cathodique en devenant dans les années 60 un heros de feuilleton,Vidocq vient d'avoir la consécration supreme du who's who hexagonal en illustrant par son portrait l'édition récente d'un timbre poste.
Ce parcours a inspiré à Balzac quelques roles de transfuges dominés par la réputation de Jaques Colin plus connu sous le nom de Vautrin.
Comme Vidocq,celui ci ne fait pas l'unanimité.La scene est notoire.Confondu par un ancien collegue passé à la prefecture de police Jaques Colin n'en réussit pas moins à s'extirper du Palais (de Justice) pour se rendre à l'enterrement de Rubempré,qui vient de se suicider dans sa cellule.Dans le cortege plutot squelettique qui suit le corbillard ou repose le jeune homme que Vautrin a aimé au point de vouloir en faire sa créature,Rastignac après avoir écouté avec quelle détermination celui ci entendait désormais se consacrer à la haute police lui adresse pour toute réponse un sourire de mépris.
A l'age de la retraite Vidocq voulut donner un suplément d' amende honorable en se consacrant à la littérature et aux oeuvres philanthropiques.
"Quelques mots sur une question à l'ordre du jour - Reflexions sur les moyens propres à diminuer crimes et recidives"
par Vidocq ancien chef de la police de sureté,expose quelques unes de ses reflections sur l'amélioration des conditions de vie du détenu.En cela il interpelle les mouvements qui agitent le nouveau contexte du droit constitutionnel pour l'amélioration des conditions de détention et la création d'établissements caritatifs destinés à une prise en charge minima de la misere et de la question sociale. On apprend ainsi que la fabrique de blanc de Ceruse n'employait pas seulement des condamnés libérés mais aussi des soldats inaptes à se reintégrer.Vidocq est allé vérifier dans les registres d'entrée et de sortie de l'hopital Beaujon..Les employés de cet établissement au contact quotidien de plomb pulvérisé voyaient leur espérance de vie réduite à pas grand chose.Il semble meme que les prisonniers avaient droit à des remises de peine en s'engageant dans ce travail qui allait abréger leurs jours.
"L'humanité se révolte à la pensée que pour se procurer des couleurs plus ou moins fines,plus ou moins solides,on laisse à la cupidité de certains heureux du siecle la faculté d'abréger ainsi de gaité de coeur les jours des malheureux qui viennent leur demander de l'ouvrage et du pain."
"les puissants du jour en se faisant trainer dans leurs brillants équipages ne se doutent guere ou s'occupent fort peu des tortures endossées par les malheureux qui ont fabriqué les couleurs servant à peindre les panneaux de leurs caleches."
L'invective n'a rien d'une pétition de principe par l'appel au boycot qui l'accompagne:les directeurs des fabriques de blanc de ceruse utilisent les salons de l'exposition pour promouvoir leurs produits:il faut leur refuser tout encouragement.
En 1827 le prefet Delaveau avait preferé se séparer de Vidocq remplacé par Coco Lacour,ex bagnard qui avait fait carriere dans le sillage de son mentor.En 1831 Vidocq crut le moment venu de revenir sur le devant de la scene.A la préfecture de police Gisquet venait d'etre nommé à la place de Delaveau.Dans l'ombre,Vidocq tenait encore en main bien des ficelles du métier et sa méthode était désormais bien rodée.Le préfet Gisquet avait immédiatement hérité d'une affaire ambarassante:la nuit du 6 novembre des intrus en pénétrant dans la Bibliotheque Royale (redevenue royale) avaient fait main basse sur le trésor de Childeric,delaissant une boule de cristal,une francisque et d'autres fanfreluches.Vidocq qui se faisait fort d'élucider l'histoire reprit du service pour arriver rapidement à l'arrestation de Fossard un bagnard évadé qu'il avait mis sur le coup.
Tout fut restitué ormis les pieces qui pouvaient etre fondues et sur lesquelles Vidocq prit la part du lion.Dès l'année suivante Gisquet qui refusait de patronner ces méthodes se sépara de son encombrant chef de la police de sureté.
Gongoro Maraux et eliot toulair
coglobe@wanadoo.fr
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| L'auteur |
Eliot toulair
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