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L'Echo du Village - Accueil n°271 - le 27 novembre 2003
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Le «Zola du Nil»
Naguib Mahfouz

Naguib Mahfouz est né en 1912 au Caire et c'est le premier écrivain de langue arabe qui ait reçu le prix Nobel de littérature en 1988. Avec son style réaliste il s'est imposé comme le fondateur du roman arabe moderne. C'est le "Zola du Nil" un grand écrivain contemporain et inclassable. Il est le conteur du vieux quartier de sa cité du Caire, qui lui donne ce souffle créatif d'inspiration entièrement orientale. Sa verve est perchée sur les minarets et les coupoles, influencée par les cafés et les échoppes d'artisans. C'est un verbe de palabres, de bruits et de couleurs. De 1956 à 1957, il a écrit une trilogie qui décrit l'évolution d'une famille bourgeoise du Caire qui s'étend de 1917 à 1944.

Le Caire comme Marseille est un port et le naturalisme de cette œuvre rappelle l'écriture débonnaire de Marcel Pagnol mais uniquement dans le premier livre (1912-1917). Dans ce volume le lecteur rencontre Ahmed El Gawwad un honorable commerçant et de sa pieuse famille dont les journées quotidiennes sont rythmées par les rituels et la récitation respectueuse du Coran. Le récit et la famille sont subjugués par le chef de famille Ahmed Gawwad. C'est un maître redouté, grave et inflexible qui fait trembler ses fils, ses filles, sa femme et sa servante. Mais ce tyran est par ailleurs un aimable compagnon sitôt franchi le seuil de sa maison. Il devient un être exquis et délicieux qui enchante les clients de sa boutique où il vend les épices, les légumes secs et le savon en disgressant sur la vie du vieux quartier du Caire. Ce chef de famille autoritaire n'est pas rendu malheureux par le devoir qu'il se fait d'animer chaque soir en ville les cafés en se vautrant avec ses amis dans les plaisirs les plus subtils et délicats de la table puis de rouler dans la boisson avant de se laisser tyranniser par ses sens et par les charmes connus des courtisanes les plus célèbres. D'ailleurs, le Tout Puissant l'en préserve sa conscience ne lui reproche rien !

Dans le deuxième livre (1917-1927) la chronique se fait plus vibrante, soutenue par les enfants qui deviennent des adultes. Le tumulte politique, l'agitation sociale et la passion s'emmêlent. L'amour sensuel et le débordement des idées se mélangent autant que les corps dans la vie des fils d'Ahmed El Gawwad. Le récit finit sur la mort en août 1927 de Saad Zaghloud, l'homme de l'exil et de la révolution.

Le troisième ouvrage (1927-1944) voit s'effacer la chronique familiale, et la petite histoire meurt tandis que la grande gronde. C'est le dernier livre de cette saga qui s'achève sur la figure du benjamin. Kannal, étudiant et poète, qui évoque la propre figure du romancier, s'interrogeant avec les petits-fils d'Ahmed El Gawwad : seront-ils communistes ou bien frères musulmans, sous l'occupation anglaise, tandis que débute l'opérette que sera le règne du roi Farouk. Et le temps est là, qui œuvre aussi secrètement que la mort, sous le soleil.



Naguib Mahfouz: Impasse des deux Palais, Le Palais du Désir et Le Jardin du Passé


Mireille LE TROUHER

http://mlt.levillage.org


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Mireille LE TROUHER
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