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L'Echo du Village - Accueil n°271 - le 27 novembre 2003
Rubrique société animée par Gerard Georges BRETON


La loi du bitume: même chez les "racailles", des règles existent

Issu d’un milieu que l’on peut qualifier comme hors-la-loi ou alternatif, le hip-hop, et toutes ces tendances (RnB, hardcore, Rap,...) s’est lui aussi imposé ses propres règles, son propre code.

Né dans les ghettos noirs américains de la révolte contre la société de consommation, cette musique à débarqué en France dans les années 80. Ainsi originaire d’un refus « non-violent » direct contre la société dominante, que ce soit aux Etats-Unis ou en France, on pourrait alors penser que, dans une certaine mesure, ce milieu soit caractérisé par une absence totale de règles. En fait deux principales y sont présentes. Elles sont en quelques sorte la colonne vertébrale double de l’ossature du hip-hop.



Commençons par le commencement. La première règle qui existe est celle d’une opposition, d’un duel, voire d’une confrontation parfois, entre le Rap considéré comme « underground » et le Rap dénigré comme Rap Bizness.
Il existe ainsi deux camps dans le monde du hip-hop. Les partisans d’une musique et d’un style, qui se puisent dans les « origines » et ceux d’un d’une adaptation, d’une évolution vers un style mixé et plus accessible au tout public.


Le hip-hop « underground » pur (Assassin, Lunatic,...) reste quasi marginal ce qui peut d’ailleurs être totalement voulu et maîtrisé. Les artisans de ce milieu voit d’un coté méprisant la médiatisation, le business qui s’est au fil du temps formé autour d’un certain genre de musique hip-hop. Cette marginalité n’est pas forcément un but en soit, mais plutôt une conséquence d’un refus systématique de modification des opinions, des textes, des idées pour coller au schéma stéréotypé des maisons de disques.

Car progressivement, en marge de la reconnaissance partielle obtenue par rapport à l’ensemble du milieu musical, on a vu fleurir aussi une tendance à l’uniformisation de la culture hip-hop. Cette tendance qui est parfois utilisée par certains membres de cette culture (qui se nomme quasiment jamais), et critiquée par l’ensemble des acteurs de cette même culture.


Mais en réalité, la plupart d’entre eux sont contre l’aboutissement de cette uniformisation.

Sans dénigrer la qualité artistique et technique des artistes, on peut clairement dire que seul les pratiquants du Rap peuvent en partie se dire les dépositaires du message originel :
* Le RnB a été créé dans les années 90 par les majors de l’industrie du disque américain pour permettre à un public plus large et souvent plus féminin d’accéder à cette culture. Les rythmes sont plus doux et plus calmes. Les thèmes abordent l’amour, la séparation et la vie en couple. Les artistes sont pour la quasi majorité des femmes: Aallyha, Ashanti, Blu Cantrell, Alicia Keys,...
* Le Ragga (ou Ragga muffin) est issu d’un mélange entre le Rap et le Reggae, permettant ainsi lui aussi d’englober plus de catégories et de toucher un plus large public. Tout comme le RnB, le ragga aborde des thèmes de couples et de vie de couples, mais axe principalement ses sujets sur la sexualité, le libertinage que l’on retrouve dans les clips musicaux : filles en sous-vêtements autour des artistes, belles voitures, vies faciles,... Il est en quelque sorte l’héritier d’une certaine littérature coquine du début du 19 ème siècle (Les liaisons dangereuses,...). Les principaux représentants de ce style sont : Shaggy, Sean Paul, Lord Kossity, Raggassonic, et des artistes souvent de passage,...

En définitif, on peut voir dans les deux tendances de la culture hip-hop des ambivalences et des interpénétrations. En clair, dans l’immense fourmilière qu’est devenu le milieu hip-hop depuis le début des années 90, on a vu apparaître différents groupes et ensembles qui peuvent travailler ensemble, mais parfois se repoussent et même s’opposent. C’est un continuel « champ de bataille » et de querelle, qui malheureusement fut en partie pacifié par l’industrie du disque ce qui à réduit considérablement la créativité des artistes.


Mais il existe encore principalement un domaine et un lieu, où ce « champ de bataille » ou cette querelle, voire cette guerre existe encore et risque d’exister pour longtemps et même au delà du stricto-succint thème musical : les Etats-Unis et son hip-hop.

Aux Etats-Unis dont le phénomène hip-hop est originaire, les principaux acteurs du Rap « canal historique » se sont souvent rencontrés dans des moments d’extrême violence, fussent-ils artistiques ou même réels.

Sur le domaine artistique, l’un des principaux exemples de cette réelle guerre ou combat c’est la battle. Cet événement dont le nom signifie bataille en anglais est une sorte de joute verbale et chantée opposant deux participants à tour de rôle et jusqu'à que l’une deux « craque » lors de sa réponse. En utilisant toutes les informations qu’il possède sur son adversaire, celui qui pratique les battles va contrecarrer son attaque lors de son couplet. Un jury composé tout simplement du public (applaudimètre) désignera alors le vainqueur. Les battles sont un des moyens pour les maisons de disques et les producteurs, de découvrir les futurs grands espoirs du hip-hop (Eminem fut d’ailleurs révélé par celles-ci et les pratiquent encore).

L’autre dimension de cette « loi de la jungle » relève du domaine réel, de la vie de tout les jours. On a vu apparaître aux début des années 90 et quasiment jusqu'à nos jours de grands conflits entre les différents rappeurs. Le plus grand d’entre eux opposa deux camps radicalement opposés. Côte ouest (Los Angeles) contre Côte est, Tupac contre Big, et surtout Bad Boy Entertainement contre Death Row Records, les deux majors du hip-hop contrôlées par des Blacks, les très classe new-yorkais Puff Daddy d’un coté, et l’homme des gangs de L.A., le brutal Marion « Suge » Knight de l’autre. Des deux cotés ils lancent de grands artistes sur le devant de la scène : Snoop Dogg, Tupac, Mary J Blige, Biggie. Ils sont d’importants producteurs et en conséquence empochent des millions de dollars, mais ils n’ont pas pour autant oublier leur vie de « voyou » et malgré les conventions ils gardent des liens étroits avec le milieu. C’est ce qui va ainsi faire dégénérer la situation. Un réelle haine et opposition va naître entre les deux écuries.
New-York, automne 1994. Tupac et trois proches se pointent dans un studio en plein Manhattan. Un trio les suit et dégaine des armes de poing. L’un ordonne à Tupac de se coucher, mais le rappeur fait un geste pour attraper le gun. Il reçoit aussitôt une volée de balles, dont deux en pleine tête. En faite, les balles, du petit calibre, ont ricoché sur le crâne de Tupac, qui parvient à se traîner jusqu'à un ascenseur. Arrivé au huitième étage, dans un sale état, il tombe sur Puffy et Notorious. Condamné le lendemain pour une affaire de mœurs, Tupac retrouve la taule. Et il gamberge. Il en est sûr, Notorious et surtout Puff Daddy étaient au moins au courant du traquenard. Il le dira en suite ouvertement dans une interview. Les autres nient. Vrai ou faux, c’est en tout cas la guerre ouverte. Celle des mots pour commencer. Dans une de ces chansons, le miraculé, remonté à bloc par Suge, dit avoir couché avec la très charmante Faith Evans, figure mineure du RnB, et surtout fiancée de Notorious. Puff Daddy, se voit aussi traiter de « bitch ». On en passe. Biggie riposte alors avec quelques rimes acerbes sur le fric et les bijoux de Shakur, et en le narguant dans Who Shot Ya ? (« Qui t’a tiré dessus ? ») En fait c’est dans son amour-propre que Tupac est atteint. La rumeur, sans doute venue de l’Est, veut qu’il ait perdu un testicule dans l’attaque, d’où un nouveau surnom : « One Pac »...
Quelques mois plus tard les deux artistes moururent de la même façon (abattu à la place du mort dans leur voiture) avec très peu de temps entre les deux assassinats. Pour aucun des deux on a retrouvé le vrai coupable, le travail de la police étant peu soutenu par une collaboration des proches des artistes. Moins on parle mieux c’est. Mais leur mort à aussi créé deux légendes.

Seule certitude, le Rap américain n’en a pas fini avec les morts violentes, malgré l’énorme émotion provoquée par la mort de Tupac et Biggie. Jan Master Jay, l’un des membres du groupe historique Run DMC, s’est fait descendre dans un studio new-yorkais. Snoop s’ait fait canarder et a faillit y rester. Plus près de nous 50 Cent, le protégé d’Eminem, a pris plusieurs balles dans le buffet. C’est sans espoir. « Live by the gun, die by the gun », comme ils disent.

En France, le Menace Records est dans la tourmente. Représentant des artistes comme Assassin, Pyroman et Rock’in Squat, il a ainsi fait l’objet d’un reportage d’Ariel Wizman dans l’émission Lundi Investigation sur Canal+. Le bien nommé service juridique (étant plutôt le reflet d’un groupuscule de pression) a peut-être par exemple obliger Sony Music à « cracher au bassinet » pour éviter des représailles. Alors simple coup de bluff ou réel chantage ? Peut-être même totale diffamation ? En tout cas ils ne sont pas les seuls à avoir eu affaire à des affres criminels colportés très souvent par les médias avides de sensations fortes. Le secteur Ä a eu des démêlés avec son ancien membre Doc Gynéco qui les accusaient de racket. Joey Starr a faillit faire finir une soirée en discothèque en bataille rangée avec le même Doc Gynéco alias Bruno Beausir. Mc Jean Gab’1 a récemment attaqué directement, selon lui, une fausse prise de position miséricordieuse de Didier Morville (Joey Starr) malgré sa renommé actuelle. Il s’en ait aussi pris à lord Kossity. Après le morceau Gladiator que ce dernier avait fait en commun avec Jacky des Neg’Marrons , les deux se sont brouillés et se sont affronter par morceaux interposés.



Ainsi, loin de l’image de bandit ou de chanteur populaire les acteurs du milieu hip-hop se sont imposés leur propre loi dans la loi : la loi du bitume. Que ce soit aux Etats-Unis, en France, en Angleterre ou à l’étranger, dans des pays moins connus mais pour autant très actifs, il existe ainsi une société dans la société. Mais quel milieu musical ou artistique, voire communautariste peut se targuer de ne pas avoir ce type de mesures ?
Le seul hic c’est que dans celui-ci et que dans quelques autres aussi, elles sont pour la plupart pétries de violence et de haine, comme dans la plupart de leurs chansons d’ailleurs.



Certaines parties du texte sont signées Hughes Horvath et sont accessibles sur le Maximal de Novembre 2003.


Hio-Tin-Vho
La plume plus forte que l'épée

Pour en savoir plus


• Skyrock Radio:
Radio certes commerciale mais toujours source de compréhension
http://www.skyrock.com


Pour connaître l'autre coté des choses
http://rezo.net


Site Internet de Menace Records et du groupe Assassin.
http://www.assassin-productions.fr




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