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L'Echo du Village - Accueil n°258 - Jeudi 28 août 2003
Rubrique société animée par aucun responsable. Postulez !


J’arrête de fumer.
Réflexions d’un futur ex-fumeur

C’est aujourd’hui mon 18ème jour sans tabac après de longues années (je devrait dire décades) de dépendance, interrompues par SEPT ans d’arrêt. Alors, un énième écrit sur l’arrêt du tabac ? Je ne sais pas, peut-être. Ceci n’est pas un recueil de recettes de sevrage. En tout cas j’écris ces lignes pour moi et si elles servent à d’autres, je serai bien content.

Article dédié à S.. Elle se reconnaîtra.

Pourquoi ai-je commençé
Depuis le temps, j’ai oublié pourquoi j’ai commencé. Imitation, Rite de passage, je ne sais plus. Ce qui m’intéresse maintenant, c’est pourquoi j’ai continué.
A l’époque les méfaits du tabac n’avaient pas la publicité qui leur est donnée à l’heure actuelle, mais , qu’il en doute encore ou qu’il en soit persuadé, nul ne peut plus ignorer ce qu’il en est. Alors pourquoi continuer et pourquoi est-ce si difficile d’arrêter.
Je pense qu’il y a trois types de cigarettes. Celle qui est purement destinée à combler l’état de manque physique de nicotine, celle qui aide à surmonter un stress, celle qui accompagne la détente.
La première est évidente, mais les deux autres peuvent surprendre. Elles sont étroitement liées en un cycle infernal. Calmer un stress en allumant sa cigarette, c’est retrouver une détente, fumer quand on est détendu, c’est soit vouloir prolonger ou augmenter le bien-être, soit une façon de ritualiser cet état auquel tout le monde est désireux d’atteindre. Cela institue le réflexe pavlovien de recréation de la détente par un moyen facile.
Pire; la simple évocation du tabac ou la vue d’un paquet déclenche l’allumage d’une cigarette, alors même que le corps n’est pas en manque.
C’est pourquoi, à mon sens, les deux derniers types sont les plus dangereux, insidieux et les plus difficiles à combattre.
Pour le premier type, les aides chimiques ou autres sont là pour compenser le pur besoin physique.

Une chose à savoir tout de suite, le sevrage tranquille, sans effort et sans une certaine dose de souffrance, n’existe pas.

Les motivations
Un livre ne suffirait pas à énumérer les motivations pour arrêter de fumer.
Cela peut aller de la peur pour sa santé; pour celle de son entourage, à la pingrerie en face du prix du tabac, à la colère contre soi, contre l’industrie du tabac, etc.. avec toutes les gradations, mixages, évolutions, changements que vous pouvez imaginer.
J’en oublie certainement. En fait, toutes formes de motivations sont bonnes.
Je ne peux parler que de celles qui ont été et sont pour l’instant encore les miennes.
Je suis bien conscient qu’elles peuvent sembler mineures à d’autres, mais il s’agît ici d’une démarche personnelle. Chacun doit trouver en soi ses propres raisons.
La peur pour ma santé.
Quand on commence à tousser matin après matin, que le moindre escalier devient une épreuve, que la bouche pâteuse et l’haleine pas fraîche deviennent le quotidien, que l’odeur du tabac froid vous environne de façon permanente, imprègne les habits, que les cendres envahissent tout et que votre cendrier puant regorge de cadavres de papier, on en vient forcément à se remettre en question.
Les campagnes anti-tabac actuelles sont d’ailleurs un bon support pour ces réflexions.
La colère contre moi-même.
Oui, la colère contre ces week-ends ou l’on compte les cigarettes qui restent en se demandant s’il y en aura assez pour tenir jusqu’au Lundi, et les sorties anxieuses à la recherche d’un bureau de tabac ouvert. L’agressivité envers mes proches quand les cylindres de papier viennent à manquer. La colère contre le manque qui m’envahit l’esprit et tente de le contrôler.
La colère contre ma propre faiblesse. L’échec de la raison contre le besoin animal. La lutte perdue d’avance entre le cerveau conscient et le cerveau reptilien.
Ah celui-là ! Il assure la satisfaction des besoins du corps.. et tant qu’il s’agit de lui fournir de l’oxygène, de déclencher le sommeil, les signaux d’alerte de la douleur, les réflexes, et toutes les fonctions inconscientes permettant la vie, son action est bénéfique. Mais il agit sans discrimination. La présence de nicotine dans le sang et les cellules du cerveau est un état de stase qu’il défend bec et ongles. Quel dommage qu’il n’ait pas tant lutté avec tant d’anergie contre mes premières cigarettes. Mais la nicotine, comme toutes les drogues, est une sournoise. Elle commence petit et demande un peu plus chaque fois. Elle s’accumule et envahit la place petit à petit. Le sevrage lui, est brutal et le seuil à franchir réveille le serpent.

Les contre-motivations
Ah le beau recueil de fausses excuses ! En voici quelques unes :
Je peux m’arrêter quand je veux.
Encore le reptile en nous qui se sert de notre ego pour nous tromper et obtenir satisfaction. Si je peux m’arrêter quand je veux alors pourquoi ne pas le faire ? Et tout de suite encore. Ce serait une belle démonstration de victoire du conscient sur l’inconscient. Mais on se paye souvent de mots qui ne recouvrent rien que la faiblesse vis à vis de la satisfaction immédiate de nos envies et de nos besoins. Mettez-vous donc en colère contre vous-mêmes.
Je ne fume pas beaucoup.
C’est une manifestation du même genre que la précédente. Compléter par « donc je peux m’arrêter quand je veux ».
A cela on ajoute implicitement que les méfaits de la nicotine sont faibles. Peut-être. Ce qui est sur c’est que le ver est dans le fruit. Au moindre stress, à la moindre souffrance personnelle, ennui professionnel, souci, il envahira la place et il s’imposera à vous pour régner en maître.
Je peux remplacer le tabac par l’herbe.
Oh oui j’ai lu cela dans un forum. L’herbe étant moins nocive que le tabac, je peux le remplacer par des joints. Cela se passe presque de commentaire.
On aura bientôt soit un fumeur polyvalent, soit une adepte de la fumette qui le conduira aux autres substances par le même chemin en pente que celui de la dépendance au tabac.
J’ai peur de m’arrêter.
Ce sont les plus honnêtes. Je dois être honnête avec eux aussi.
Oui c’est dur de s’arrêter. Oui on est en état de manque bien que les aides et substituts rendent ce manque supportable. Oui on ne se sent pas bien au début.
On n’a rien sans rien.
Mais il faut aussi que je dise que cette souffrance n’est pas SI forte que l’on craint. Que l’envie de fumer dure quelques minutes seulement et passe. Que respirer un grand coup, boire un verre d’eau, faire et penser à autre chose suffisent souvent à contrer le manque. Que le besoin se transforme vite en envies, et que les envies finissent par s’atténuer et s’espacer.
Enfin que la souffrance imaginée est toujours plus forte que la réalité.

Les échecs
Vous avez bien lu au début. Je me suis arrêté de fumer pendant SEPT ans.
Quand les envies ont disparu et qu’on ne pense même plus à fumer, que même on peut se trouver gêné pas la fumée des autres, on peut se croire à l’abri de la rechute.
Et bien non.
La vie est parfois dure. Une souffrance personnelle, un deuil peuvent entraîner un rechute. Et combien est rapide la ré-accoutumance !.
Il vaut mieux s’arracher les cheveux et se taper la tête contre les murs plutôt que d’allumer une seule clope. Alors il faut rester vigilant et ne pas oublier. Jamais. Hélas c’est ce que j’ai fait.

Les autres
Je rejette tout de suite les fiers-à-bras qui parcourent le monde en proclamant la victoire de leur seule volonté et leur évidente supériorité.
D’abord je les tiens pour des menteurs avérés : s’il est vrai qu’ils ont arrêté et qu’ils l’ont fait sans plus y penser du jour au lendemain, c’est qu’ils n’étaient que des « crapauds » du Dimanche et non des personnes ayant un vrai problème de dépendance, et qui sont ceux auxquels je m’intéresse.
Au mieux, s’ils ne mentent pas, à eux-mêmes et aux autres, ils ont la mémoire aussi courte que sélective et en niant la difficulté du sevrage, ils ne font que satisfaire leur ego (ce qui est une addiction du même genre que le tabagisme.. et sans doute pire car irrémédiable.).
D’autre part, par leurs rodomontades, il n’apportent évidemment aucune aide aux autres. Leur « expérience » ou la relation qu’ils en font, je la rejette complètement comme étant pour moi sans valeur.


Pendant que je termine ces lignes, mon 18eme jour de sevrage se termine et commence mon 19eme. Bientôt je compterai en semaines, puis en mois, en années et j’espère que j’oublierai même de compter. Mais je n’oublierai pas cette fois :
Plus jamais çà !

Mybeau
mybeau@myb.levillage.org


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