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L'Echo du Village - Accueil n°250 - Jeudi 3 juillet 2003
Rubrique coup de gueule animée par aucun responsable. Postulez !


Les "intermittents" du livre : rien de neuf sous le soleil pour petits auteurs et petits éditeurs !

Dans la rubrique "coup de gueule"du n° 249 de l'Echo du village, j'évoquais le sort incertain des petits éditeurs et celui des petits auteurs. Manifestement, les premiers sont indissociables des seconds et réciproquement.
Plus les petits éditeurs seront économiquement fragilisés parce qu'ils n'obtiennent que bien rarement une couverture médiatique digne de ce nom - quasi indispensable pour assurer un niveau de vente correct - , plus nombreux ils seront à disparaître. Et, ipso facto, la loi des vases communiquants fait que les petits auteurs (dont le nombre tend à augmenter au même rythme que la population française) auront de moins en moins de chances de se faire éditer. La conclusion était que le salut des petits éditeurs et des petits éditeurs passait, au moins en partie, par une évolution de l'attitude du public des lecteurs.
En effet, si tout un chacun a la curiosité de consulter (par exemple via Internet) le catalogue des petits éditeurs, il fera bien souvent la découverte de livres au moins aussi intéressants et même souvent de meilleure tenue que nombre de ceux "poussés" par les grands éditeurs à la manière d'une marque de détergent ou autre...
C'est ce - petit - effort conscient, concrétisé par des achats - tant de la part des lecteurs que de celle des bibliothèques municipales - qui pourrait donner un "ballon d'oxygène" bienvenu aux petits éditeurs et, par ricochet, aux petits auteurs qu'ils publient.
Il faut bien admettre que cette constatation est frappée au coin du bon sens. Comme souvent en pareil cas, on peut se demander si, sous une forme plus ou moins similaire, elle n'a pas été déjà exprimée dans le passé.
En l'occurrence, il en existe au moins une qui est loin d'être insignifiante puisque elle émane du regretté René Barjavel, qui, avant de devenir célèbre, a connu de longues périodes de "vaches maigres".
Voici (relevé sur le site www.ecrireetpublier.fr.st) le véritable "coup de gueule" que poussait, il y a déjà un demi-siècle, ce grand écrivain dans son "Journal d'un homme simple" :

"Je vous demande pardon : je voudrais vous poser une question. Oui, à vous, qui êtes en train de lire ce livre. Vous êtes parvenu jusqu'à cette page, vous prenez donc un certain intérêt à sa lecture. L'avez-vous payé ? Je veux dire : ce livre est-il à vous, l'avez-vous acheté? Ou bien vous l'a-t-on prêté ? Vous l'avez acheté ? Merci.
Vous l'avez emprunté ? Vraiment ? Et vous ne vous sentez pas un peu mal à l'aise en face de moi ? De quoi pensez-vous que nous vivions, nous qui écrivons des livres ? De l'air du temps? De votre sympathie? Vous êtes bien gentil, mais nous avons des charges de famille, comme tout le monde. Votre hommage à notre talent ne paiera pas le ressemelage des chaussures. Voici justement la saison de la marelle, jeu qui fut certainement inventé par un cordonnier.
Vous viendrait-il à l'idée de vous nourrir des restes de votre voisin, de lui emprunter pour votre dîner un manche de côtelette ? Pour aller au cinéma, utilisez-vous un ticket d'entrée qui ait déjà servi ? Portez-vous les chaussettes sales de votre cousin ? Vous servez-vous de sa pipe ou de sa femme ? Alors ?... Ne me répondez pas que vous n'avez pas les moyens d'acheter des livres. Vous trouvez bien de l'argent pour manger tous les jours. Et fumer. Et aller au cinéma. Et boire l'apéritif. Vous pouvez payer ce livre. Si vous ne le faites pas, c'est que vous préférez garder votre argent pour les cigarettes ou le martini. Eh bien ! fumez et ne lisez plus. Comment voulez-vous trouver goût et profit à la lecture si vous ne lui faites aucun sacrifice ? Si vous ne voulez vous offrir le livre aimé, que voulez-vous qu'il vous offre ? Vous êtes de ces gens qui lisent pour tuer le temps, parce que le temps les gène, tuer le temps, c'est se tuer soi-même. Faites ça avec n'importe quoi, avec le bridge, ou la radio, ou le journal sportif. Mais pas avec les livres...
Allons, fermez cet exemplaire et allez en acheter un autre. Vous verrez comme vous serez content d'avoir ce livre bien à vous, il sera chaud dans votre main. Il n'aura plus du tout le même goût.(...)
Quant à vous qui n'achetez pas, je vous laisse à votre honte. Et je vous tourne le dos. Rien de ce qui suit n'est écrit pour vous. Vous croyez tenir ce livre ouvert ? Je le ferme sous votre nez et je vous laisse dehors."

Tout est dit ! Il n'y a rien à ajouter à ce petit chef d'oeuvre d'humour un peu désespéré qui illustre bien la précarité permanente dans laquelle se débattent, aujourd'hui comme hier, petits auteurs et petits éditeurs...


dumarest

Pour en savoir plus



Voir notamment les "liens favoris" et les "aventures d'un petit auteur".
http://www.ecrireetpublier.fr.st




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