 |
|

| L'hebdo |
LES ARCHIVES
LA REDACTION
AIDE ET CONSEILS
|
|
|
 |

Petits auteurs, petits éditeurs : deux espèces menacées !
Quand il a fini d'écrire un livre, quand il l'a lu et relu, quand il l'a fait lire à suffisamment de personnes qu'il sait objectives et critiques, bref quand son manuscrit est fin prêt, que fait un petit auteur ? Il cherche un éditeur. Et c'est à ce moment-là que, pour ce petit auteur, le plus dur reste à faire, surtout s'il est inconnu ou peu connu.
Cette situation, celui qui écrit les lignes que vous êtes en train de lire, la connaît bien et y est actuellement confronté. Diverses méthodes sont certainement envisageables. Alors, pourquoi ne pas simplement adopter celle du Manuel pratique pour les auteurs (Éditions Grancher, 2002) qui suggère d'envoyer son manuscrit simultanément à des éditeurs de toutes tailles, des plus importants au plus petits ? Chez ces petits éditeurs, les chances de publication sont meilleures : au lieu d'être infimes, elles deviennent "seulement" faibles ! Tout est relatif.
C'est dans ce contexte qu'a été adressé un manuscrit à CY éditions, une petite maison niçoise d'édition. Contrairement à bien d'autres, il s'est donné la peine de répondre et un dialogue s'est engagé. Il aime bien le livre proposé et, quelques mois plus tôt, il l'aurait publié. Mais plus maintenant. Pourquoi hier et pas aujourd'hui ? Parce que sa maison ne peut plus continuer à développer le catalogue diversifié mis en place jusqu'à présent. Et ce n'est pas parce que les livres qui y figurent sont mauvais. Loin de là !
Mais, hélas, quand on n'a pas les moyens de se payer une attachée de presse, donc si on n'a, en pratique, aucune couverture médiatique digne de ce nom, les perspectives commerciales ne sont guère réjouissantes. Même quand ils se regroupent, les petits éditeurs ne "font pas le poids" : leurs livres ne seront "placés" par les distributeurs qu'à titre accessoire et subsidiaire, une fois que ceux des grandes maisons d'édition - les seules qui comptent vraiment, les seules qui font réellement gagner de l'argent aux distributeurs - se seront taillé la part du lion.
On aboutit ainsi à des situations caricaturales, comme c'est le cas pour le dernier roman publié par CY (Le roi malgré lui) : à combien d'exemplaires croyez-vous qu'il aura été positionné par le distributeur ? Dix ! Dix malheureux exemplaires…
D'accord, ce n'est pas avec ce titre que l'éditeur espérait remporter le prix Goncourt, mais c'est un bouquin sympathique, agréable à lire, idéal pour une lecture "relax" pendant les vacances. Mais avec une dizaine d’exemplaires seulement, on est loin du compte ; l’éditeur pourra-t-il même rentrer dans ses frais ? On atteint le summum (ou le fond ?) du ridicule !
Et tout, ou presque, est à l'aune de cet exemple, sorte "d'apothéose" du grotesque. Dieu sait que, pendant des mois et des années, le petit éditeur n'a pas rechigné à la tâche et qu'il n'a pas hésité à se transformer personnellement en représentant de commerce auprès des libraires et autres magasins FNAC ou similaires pour tenter de promouvoir "ses" livres. Mais on ne peut être à la fois au four et au moulin. Quant aux tentatives pour se faire connaître en adressant correspondances et exemplaires de ses ouvrages à des journalistes, elles n'ont connu aucun succès. Il faut dire que les médias sont submergés de sollicitations et qu'ils ont hélas tendance, en faisant le tri, à privilégier les valeurs sûres que sont les "gros" titres des grands éditeurs. Sauf coup de chance, le petit éditeur sera purement et simplement ignoré.
Il faut être réaliste : pour lui, jusqu'à présent, un "best seller" a rarement dépassé la centaine d'exemplaires au lancement. Ce n'est pas suffisant. Que d’ouvrages agréables ainsi sacrifiés, faute de distribution correcte !
Que va faire ce petit éditeur ? Mettre la clé sous la porte ? Non. Mais il va "cibler" un "créneau" beaucoup plus limité et potentiellement plus rentable : celui des ouvrages spécialisés et coûteux. Là, dans des domaines "pointus" où bibliothécaires et universitaires seront ses clients, les perspectives devraient être meilleures.
En attendant, avec lui et avec chaque petit éditeur généraliste qui disparaît ou restreint ses activités, l'horizon des petits auteurs s'assombrit sérieusement…
Dans cet univers de "responsables, pas coupables" que nous connaissons tous, on ne peut qu'être pessimiste pour eux. Qu'y faire ? C'est peut-être utopique, mais chacun ou chacune d'entre nous peut contribuer à progressivement - un peu - rééquilibrer les choses : visitez les sites Internet des petits éditeurs (tels que www.cyeditions.com, www.idlivre.com, www.elytis-edition.com , etc.), visitez aussi ceux des petits auteurs (par exemple, http://perso.magic.fr/unzebreausahara/livre.htm, www.ecrireetpublier.fr.st, http://ab.joly.free.fr, etc.) et achetez leurs livres ! À défaut, demandez à votre bibliothèque municipale de les acheter (il y a généralement un cahier où les lecteurs expriment leurs desiderata d'achats).
Sinon, le jour où, atteint par le virus de l'écriture - il frappe à tout âge et nul n'est à l'abri ! -, à votre tour, vous chercherez un éditeur pour votre livre, ne soyez pas surpris de ne point y parvenir ! Alors, aidez petits éditeurs et petits auteurs à ne pas mourir !
Dumarest
dumarest
|
|  |
 |
 |
 |
|
|
 |