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L'Echo du Village - Accueil n°248 - Jeudi 19 juin 2003
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LE REGNE REPARATEUR DE CHARLES V LE SAGE (1364/1380)
Le troisième Valois

Le 8 avril 1364, Jean Le Bon laisse quatre fils : le dauphin Charles, Louis d’Anjou, Jean de Berry et Philippe de Bourgogne (Philippe le Hardi). Les princes sont bien apanagés mais ils doivent prêter allégeance à l’aîné qui devient roi sous le nom de Charles V dit « le Sage ».

Au début de l’année 1364, les campagnes sont dévastées par des pillards qui forment de véritables bandes armées et à qui on a donné le nom de « Grandes Compagnies ». Ce sont des troupes qui ont été licenciées lorsque la paix fut signée. Pour les deux princes ennemis qui règnent en France, elles sont un problème majeur mais le nouveau roi refuse de partir en campagne pour se consacrer entièrement à la politique.

Charles V ne se résigne pas. Il avait déjà rejeté le Traité de Brétigny et refusé ainsi la libération de son père. De santé chétive, il est suffisamment clairvoyant pour pallier cet inconvénient. Il se méfie de sa noblesse qui n’en a fait qu’à sa tête à Poitiers ou à Crécy. Et il a raison car elle est plus souvent opportuniste que fidèle puisqu’elle n’hésite pas à monnayer ses alliances. On l’a compris, Charles V sera un roi sans scrupules et les règles de la chevalerie ne l’étoufferont pas.

Il confiera la conduite de la guerre à un « parvenu » qui rencontrera évidemment l’hostilité des grandes familles qui rêvent toujours d’une revanche de la chevalerie française.
En effet, Du Guesclin refusera les batailles ou toute la charge incombe à la cavalerie et qui sont causes des désastres de Crécy ou de Poitiers. Il sait que les archers anglais ont souvent fait la différence.
Si les bombardes font leur apparition, elles font plus de peur que de mal. Quand ce n’est pas l’utilisateur qui s’en brûle les doigts ! C’est une arme toute neuve et qui demande un maniement précautionneux. De fait, la bombarde est une arme de siège. Elle force les murs des châteaux mais comme elle a plus d’inconvénients que d’avantages et on continuera à l’ignorer un moment.
L’apparition de la poudre à des fins militaires est assez difficile à définir. On « l’invente » à peu près simultanément en Allemagne, en Italie puis en France ou en Angleterre. Elle fait peur et n’a rien de chevaleresque.

Le 16 mai 1364, trois jours avant le sacre de roi, Bertrand Du Guesclin bat Charles le Mauvais à Cocherel. Le roi de Navarre est un de ces opportunistes cités plus haut. Allié au dauphin lors du soulèvement d’Etienne Marcel, il est aujourd’hui avec les Anglais. Le roi récompensera le Breton en le faisant comte de Longueville.

La question de Bretagne revient en surface : Jean de Montfort soutenu par les Anglais s’oppose à Charles de Blois naturellement soutenu par les Français et par Du Guesclin. Ils s’affrontent à Auray le 29 septembre 1364. Charles de Blois est tué, Du Guesclin est fait prisonnier.

Ici, il faut nous étendre sur une précision. La « piétaille » n’a rien à espérer du sort d’une défaite. On préfèrera l’occire que d’avoir des bouches à nourrir qui ralentiraient la marche d’une armée. En revanche, plus on est riche, plus une rançon peut être élevée. On pourrait hâtivement en conclure que les chevaliers n’étaient braves uniquement parce qu’ils risquaient moins. Certes, il y avait des lâches mais ils étaient minoritaires. J’en veux pour preuve Crécy et Poitiers où la noblesse a payé un lourd tribut alors qu’au moins pour Crécy, elle s’attendait déjà au désastre. Il faut consulter les chroniqueurs pour constater que le code de la chevalerie n’était pas un vain mot. Du roi (Jean l’Aveugle) au simple chevalier, il y eut des braves qui périrent par milliers. Malheureusement, ces gens méprisaient trop souvent ceux qu’ils étaient supposés défendre.

En mars 1365, Charles le Mauvais abandonne ses terres en Basse Seine (une partie de la riche Normandie) contre la ville de Montpellier plus proche de la Navarre.
Le 12 avril, le traité de Guérande, consacre Jean de Montfort, duc de Bretagne sous le nom de Jean IV sous réserve qu’il prête allégeance au roi de France. Les ducs de Bretagne continueront également à être des opportunistes. Loin de Paris ou de Londres, ils sont en fait totalement indépendants et continueront de monnayer leur alliance.

1366/1368. Alors que Du Guesclin part en campagne contre la Castille (rappelons que l’Espagne n’est pas unie : Navarre, Léon, Portugal et Aragon). Il y sera à nouveau fait prisonnier à Najera (3 avril 1367). Le roi paie une nouvelle fois sa rançon.
De son côté Charles V prépare la guerre. Il fortifie Paris et organise une armée de métier dans laquelle entreront beaucoup de brigands repentis et qui, en principe, devrait mettre fin aux méfaits des Grandes Compagnies. Ces réformes coûtent énormément d’argent et le roi instaurera avec plus ou moins de succès un impôt que paiera chaque contribuable même s’il est sujet d’un de ses vassaux. C’est une véritable révolution fiscale qui ne fera qu’appauvrir les paysans qui paient déjà leur seigneur. Y échapperont, le Clergé et bien sûr la Noblesse.

Evènement heureux pour Charles V, le dauphin naît en 1368. Il s’appellera Charles comme son père et règnera sous le nom de Charles VI.

Le 15 janvier 1369, Edouard III est excédé par la guérilla que lui mène Du Guesclin, il considère que la rupture du Traité de Calais est un fait, et par la même occasion, revendique le trône de France mais les choses s’engagent mal pour lui : la Castille s’allie à la France et Du Guesclin remporte la victoire de Montiel (14 mars).

Les revendications d’Edouard III peuvent paraître excessives mais il est le petit-fils de Philippe le Bel par sa mère et pour les Anglais, la loi salique qui élimine les femmes du trône ne vaut rien. De son côté, Charles V n’est que le petit-neveu de Philippe le Bel.
Rappelons également que cette loi n’a été édictée que pour évincer une princesse en bas âge, une des dernières Capétiennes directes. Comme d’habitude, les pairs du royaume monnayaient leurs voix et une enfant n’avait rien à leur promettre.
Restons en France pour constater que la loi salique ne s’applique par sur les apanages (duchés, comtés, etc.) pensons à Aliénor d’Aquitaine par exemple.
(Le mot « salique » vient des Francs saliens qui, avant la christianisation, laissaient de larges responsabilités y compris certaines affaires politiques, à la femme et ce, comme tous les peuples germains proches de la mer : Angles, Jutes, Frisons, Danois, etc.).

De août à octobre, le duc de Lancastre chevauche et saccage la France jusqu’à la Normandie. En réaction, Charles V confisque l’Aquitaine mais le prince noir fait le sac de Limoges le 19 septembre 1370. La population entière est massacrée mais c’est le lot de cette guerre.

Charles V compte maintenant sur un homme sûr, il nomme Du Guesclin, connétable le 2 octobre. Les Grands sont bien sûrs encore plus mécontents mais ils sont contraints d’obéir au parvenu.
Le 4 décembre 1370. Du Guesclin bat Robert Knoll à Pontvallin. Ceci met fin à une chevauchée qui aura mis à sac la Bretagne, l’Ouest de la France et l’Ile de France.

23 juin 1372. Les Castillans, alliés des Français cette fois, battent une flotte anglaise à la Rochelle. C’est un des tournants de la guerre puisque Charles V exploite cette victoire en récupérant le Poitou, la Saintonge et l’Angoumois. Le 5 octobre, le Prince Noir renonce à l’Aquitaine. Une année très faste pour le roi qui récupère presque tous les territoires perdus par son père après Poitiers

Profitant de la confusion, Jean IV de Bretagne change de camp et s’allie aux Anglais le 19 juillet.

1373. Froissart, témoin de nombreuses batailles, entreprend le premier livre de ses chroniques. Il est l’un des historiens de référence de cette époque et tous nos contemporains s’y réfèrent. Ce n’est heureusement, pas le seul car il travaille de mémoire.
De mars à juin, Du Guesclin conquiert toute la Bretagne alors que les Anglais débarquent à Saint-Malo.
De juin à décembre, le duc de Lancastre chevauche de Calais à Bordeaux. Ce qui prouve que malgré les victoires françaises, le pays est trop grand pour être sûr mais surtout que les alliances sont versatiles.

En octobre, Charles V organise sa succession et il est bon de s’y arrêter lorsqu’on connaît le règne de Charles VI. Je laisse les détails pour que le lecteur apprécie par lui-même ce qui pourrait faire l’objet d’un prochain article :
La majorité d’un roi est fixée à 14 ans.
La régence en cas de mort de Charles V, sera confiée à Louis d’Anjou, frère du roi. Rappelons que si le futur Charles VI n’avait pas de frère, ce serait Louis d’Anjou qui lui succèderait et la chose semble logique. Jean de Berry et Philippe le Hardi (Philippe de Bourgogne) sont donc totalement écartés du trône.

En conclusion, on pourrait dire que dans l’ordre de succession, ce serait Charles VI, son frère, le fils du premier, à défaut le fils du second, puis Louis d’Anjou ou son fils. Ce n’est que si les précédents n’avaient pas d’héritier que Berry ou Bourgogne pourraient avoir des prétentions tant à la régence qu’au trône. Trône qui est toujours contesté par Edouard III !

En 1375, les Anglais débarquent chez leur nouvel allié Jean IV de Bretagne, ils occupent quelques villes mais la question est réglée par la diplomatie et par l’intermédiaire du pape (trêve de Bruges). La Bretagne retourne à la France sauf trois villes qui sont abandonnées au duc.
Le 21 juin 1377. Edouard III meurt. Il aura combattu avec succès Philippe VI et Jean II mais aura connu le reflux avec Charles V. Certains l’auront longtemps considéré comme le roi de France (Voir les raisons dans l’article sur Philippe VI). Les barons anglais le soutinrent pratiquement sans réserves et contribuèrent à ses succès.
Son fils Richard II qui a logiquement les mêmes droits que le père quant au titre de roi de France, n’a hélas que 10 ans.

Juin-septembre 1377. Expiration de la trêve de Bruges et reprise de la guerre avec de nouveaux succès français en Périgord, Bordelais et Bretagne.

1378. Félonie de Charles le Mauvais, roi de Navarre. Les Français ripostent en occupant Montpellier, les comtés d’Evreux et de Mortain qu’ils annexent en mars-juin.
1378 toujours. Félonie de Jean IV de Bretagne. Charles V confisque cette région le 18 décembre mais celle-ci ne tardera pas à se révolter.

Mais 1378, c’est aussi l’année du Grand Schisme d’Occident qui oppose Clément VII, pape pro français qui s’installe à Avignon et Urbain VI qui reste à Rome et qui sera évidemment reconnu par les Anglais et leurs alliés. A cause de ce schisme, les papes ne pourront plus utiliser leur pouvoir temporel pour imposer des trèves.

Ici, il nous faut nous arrêter sur les conséquences de l’aspect fiscal de la politique de Charles V. Nous avons vu (voir article sur Philippe de Valois) que la Normandie regrettait de ne plus être une zone franche. Les territoires conquis par Du Guesclin et les autres chefs français subissent donc un nouvel impôt qui vient se greffer à ceux déjà accablants de leurs seigneurs.

Montpellier était une de ces zones franches. Elle se soulèvera en octobre 1379. Charles V réagit violemment et la révolte sera durement réprimée en janvier 1380.
Pendant ce temps, la Bretagne se soulève à son tour et Jean IV cherchera une alliance avec le nouveau roi d’Angleterre Richard II dès le 1er mars 1380.

29 juin 1380. Le duc d’Anjou, frère du roi est adopté par la reine de Naples. Il héritera de la couronne. Si Charles V et ses descendants s’éteignaient sans postérité, la couronne de Naples échouerait au roi de France qui fonderait une dynastie cadette : les Valois-Anjou.
En attendant, le roi de Naples deviendra vassal du roi de France pour cette province.

Juillet : Chevauchée de Buckingham de Calais à Paris. A nouveau les paysans subissent les affres de la guerre et ce, juste avant la moisson.
Du Guesclin meurt le 13 juillet et Charles V le suit dans la tombe le 16 septembre. Son héritier a sensiblement le même âge que Richard II.

Contrairement à ces prédécesseurs, Charles le Sage a su s’adapter au modernisme de la guerre. Il a su se méfier de la noblesse : Charles le Mauvais (roi de Navarre), Jean de Montfort (duc de Bretagne) et même de ses frères puisqu’il a préparé la régence de son successeur.
Le résultat d’une telle politique est que la France sort victorieuse du conflit. Avec une armée de métier, il met fin aux Grandes Compagnies. Si les Anglais ravagent encore la France, cela n’a plus rien de comparable avec les règnes précédents.
D’un autre côté, on l’a vu pour Montpellier, la fiscalité est accablante surtout en temps de guerre. Les révoltes somnolent lorsqu’elles n’ont pas déjà éclaté. La victoire politique ne profite pas encore au petit peuple qui, pourtant, peut espérer un avenir plus serein.


Les nouveaux rois : Richard II (13 ans) et Charles VI (11ans) ont presque le même âge. Parviendront-ils à se libérer du joug de leurs parents ? Guerre ou paix ? Les deux sont possibles.

René MORIN

erpm@freesurf.fr
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Pour en savoir plus


• PHILIPPE VI de VALOIS
Grand père de Charles V. Origines de la Guerre de Cent Ans.
http://echo.levillage.org/246/

• JEAN II dit Jean le Bon
Père de Charles V. Voir le refus du traité de Brétigny.
http://echo.levillage.org/247/




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