ANABASE, LA MARCHE DES DIX MILLE (XENOPHON)
XENOPHON HISTORIEN
Disciple de Socrate, Xénophon est avant tout un philosophe. Contrairement à Platon qui se restreint à un idéal politique limité à la société, il semble prôner une sorte de royauté universelle qu’il idéalise dans la Cyropédie mais son argumentation semble faible car cette société repose sur un prince au caractère incertain.
Anabase est l’histoire de l’Expédition des Dix Milles. C’est-à-dire des 12 000 mercenaires grecs à la solde de Cyrus le Jeune qui cherche à s’emparer du trône. Plus qu’une histoire, c’est une épopée mais c’est aussi une longue marche militaire que l’on pourrait comparer à celle que présente Michel RODHAIN dans 1914 ou la Bataille de Morhange.
Le dernier s’attarde sur les difficultés individuelles que rencontre le soldat alors que le premier les constate en tant qu’officier. La perception des souffrances endurées n’est donc pas la même et on pourrait faire ce premier reproche à Xénophon.
Xénophon, à l’opposé de Thucydide, cherche à embellir les choses dont il est acteur et parfois (surtout à partir du livre III), on a plus l’impression de lire des mémoires et c’est peut-être un second reproche qu’on pourrait lui faire.
Xénophon idéalise trop ce qu’il voit : un officier perse qui utilise un sabre en or. Est-il possible de soulever un tel sabre ? Un tel métal peut-il servir d’arme ?
Le portrait de Cyrus le Jeune est peut-être un peu trop calqué sur celui de Cyrus l’Ancien, le fondateur de l’empire perse qu’évoque le Cyropédie. Qui était ce Cyrus l’Ancien ? Un prince qui aura détrôné les Mèdes, qui aura conquis tout l’empire perse excepté l’Egypte (qui le sera par son fils) ou l’Indus et la Thrace qui le seront par Darius.
Ce Cyrus l’Ancien est donc un grand guerrier qui aura fait l’admiration des siens par sa sagesse, son organisation des conquêtes et une humilité qui se résumera dans son très modeste tombeau.
Par opposition, on pourrait croire que Cyrus le Jeune n’est qu’un ambitieux. Peut-être est-il simplement préférable à Darius II, son frère aîné qui règne sur l’empire.
Mais Xénophon, s’il n’est pas un historien idéal, est un excellent narrateur. On peut le comparer à Homère ou à Virgile à cette différence près, c’est que les faits qu’il décrit, sont des faits réels. La marche d’une armée est décrite ici avec un rare panache.
Xénophon qui a participé à cette expédition, a tout de suite noté les forces et les faiblesses de l’empire achéménide. L’empire est trop grand pour recevoir des renforts dans des délais relativement brefs (c’est d’ailleurs l’essentiel du plan d’attaque de Cyrus). Ses remarques nous font apprécier différemment Alexandre Le Grand qui se contentera d’achever le colosse aux pieds d’argile.
Les Dix Milles, ce sont des mercenaires grecs et Alexandre utilisera des Grecs pour forger sa gloire. A l’image de l’empire achéménide, l’empire d’Alexandre s’effondrera comme un château de cartes.
En outre, l’épopée macédonienne ne peut être comparée à l’expédition des Dix Mille puisque ces derniers ont traversé des pays où les peuples leur étaient farouchement hostiles car on les prenait pour des envahisseurs et non pour des libérateurs.
Certes, Xénophon ne connaissait pas Alexandre le Grand mais les Dix Milles n’ont-ils pas accompli de plus grands exploits ?
René MORIN
Illustration : Tombe du roi Cyrus II dit Cyrus le Grand ou Cyrus L'Ancien à Pasargades
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