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L’ENFANT SOLDAT (Patrick-Serge BOUTSINDI)
Quand la guerre n’est pas « propre »
Au moment où les esprits s’éveillent enfin contre la pédophilie, Patrick-Serge BOUTSINDI interpelle le lecteur en relatant l’histoire d’un jeune Congolais enrôlé dans la milice.
Entre la culture européenne et la culture africaine, il faut combler un gouffre et qui imaginerait de ce côté de la Méditerranée que le jeune Makoutou qui vient de perdre son père, s’engage dans les milices présidentielles. Ses raisons ne sont nullement patriotiques puisque même les adultes ne comprennent rien à cette guerre civile qui sévit au Congo.
Le jeune homme (on ne sait pas son âge : 12 ans ? 14 ans ?) commence à s’illustrer au point d’être promu chef. Mais la guerre étant ce qu’elle est, il est blessé et doit renoncer à la lutte.
Hospitalisation salutaire puisqu’il en vient à se demander pourquoi il tue. De même, il s’interroge : la guerre se limite-t-elle à piller des populations civiles ?
Recueilli par des sœurs, il court à la recherche de son enfance, à la recherche de son âme. On lui apprend qu’il existe un enfer pire que celui qu’il connaît déjà.
C’est dans cette mission qu’il fait la connaissance d’Epina qui sera son premier amour mais les deux amoureux seront surpris et expulsés par les religieuses. Puis c’est la fuite jusqu’à l’arrestation du trop connu « Makoutou, l’invisible ». Au moment de l’arrestation, la jeune fille apprend que son petit ami appartient au clan des assassins de ses parents…
Celui-ci finira par bénéficier d’une amnistie et errera à Brazzaville à la recherche d’un emploi. D’abord laveur de voiture, il rencontrera à nouveau celle qu’il aime mais elle ne sera plus seule. Pris d’un excès de jalousie, il fera un scandale qui le ramènera à la rue.
Un autre job lui est proposé dans un entrepôt. Une nuit, il se retrouvera à l’hôpital et soupçonnera la police de l’avoir détroussé de ses économies.
Finalement, il décide de rentrer au village où sa mère vient de mourir et où viendra le rejoindre Epina et tout finit comme dans un conte.
L’histoire est écrite à la manière d’un conte africain. Tout ce qui peut dégoûter l’Européen (enfants soldats, crimes, mode de vie précaire, etc.) y semble naturel. A peine deux lignes quand Epina apprend que Makoutou est un complice des assassins de ses parents !
Patrick-Serge BOUTSINDI a voulu écrire une histoire pour enfants (il figure d’ailleurs dans la collection « jeunesse » de l’HARMATTAN) mais ne réaliserait-il pas un chef d’œuvre en écrivant une version adulte plus intense, plus psychique ?
L’auteur est né au Congo, il n’est en France que depuis une dizaine d’année. Espérons que notre style de vie l’inspire pour adapter son conte à notre manière de voir les choses.
Les éditions de l’Harmattan par leur production, nous montrent qu’il existe une réelle créativité en Afrique. Adaptée aux mentalités européennes, cette littérature connaîtrait un réel succès car il n’est pas naturel de voir des enfants « jouer » avec des mitrailleuses. Patrick-Serge BOUTSINDI sera-t-il le chef de file de cette nouvelle vague de la culture francophone et sera-t-il l’ambassadeur de la révolte des enfants ?
René MORIN
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