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LA SORCIERE (Jules MICHELET)
La condition féminine lorsque deux civilisations se rencontrent
Loin des œuvres monumentales (HISTOIRE DE FRANCE, LA REVOLUTION FRANCAISE), « LA SORCIERE » n’en demeure pas moins un ouvrage historique à mi-chemin entre la narration et l’étude historique.
Avec le recul de l’historien, Jules MICHELET analyse la condition de la femme au Moyen Age. Elle est tellement pauvre qu’elle a peur d’enfanter, c’est-à-dire d’être encore plus pauvre. Elle préfère donc les sabbats où elle sera temporairement stérile. Souvent, elle s’adressera plutôt au diable qu’à un Dieu indifférent.
Mais la sorcière c’est aussi « la bonne femme », celle qui sait soigner les gens, celle qui aide aux accouchements. Celle qui se révolte contre la maladie à une époque où les médecins n'ont pas le droit d'exercer.
MICHELET fait une analyse intéressante puisqu’il superpose au Moyen Age, un monde qui hésite encore à se lancer dans la nouvelle religion chrétienne. Les sabbats eux-mêmes sont des réunions qui permettent aux gens de se rencontrer pour éviter la consanguinité finale d'un modeste village. Ils contribuent à empêcher la dégénérescence de la race (Rappelons que les serfs appartiennent au seigneur qui leur interdit de fuir le sol auquel ils sont attachés).
Ces vestiges de l’antiquité qui viennent se confondre avec le monde chrétien ne sont pas sans rappeler les vaudous de Haïti comme si la religion devait s’adapter aux rites antérieurs.
La femme est l’être impur et les procès pour sorcellerie la condamnent. Les causes sont parfois peu avouables : querelles de voisins, envie de s’enrichir à bon compte, sadisme des juges, etc.
Alors que le grand schisme va opposer protestants et catholiques, les condamnations vont passer à un stade supérieur. Les représentants de Dieu se louent des exterminations massives de sorcières et certains Français sont plus zélés que le Grand Inquisiteur espagnol. Pourtant durant les règnes de Charles VIII, Louis XII et François 1er, les femmes ne seront plus pourchassées en France contrairement à ce qui se passe de l’autre côté de la frontière. Colbert ira jusqu'à libérer les prisons et abolir l'accusation de sorcellerie par un décret de 1672.
MICHELET illustre son texte de multiples exemples mais à travers la sorcière, c’est l’évolution de la condition féminine qu’il décrit inconsciemment.
Les nombreux procès qui illustrent ce texte montrent que la femme n'est que l'instrument des querelles entre jésuites, jansénistes ou autres ordres bénis par le pape durant le Grand Siècle puis le siècle des Lumières.
René MORIN
PS. Illustration : Eve de Levy DHUMER
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