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L'Echo du Village - Accueil n°234 - Jeudi 13 mars 2003
Rubrique société animée par aucun responsable. Postulez !


Ce que veulent les femmes

Qu’il existe une journée de la femme est désespérant en soit, mais au moins, le 8 mars est l’occasion de faire le triste bilan de ce qui ne change décidément pas : la difficile place de la femme dans le monde.

Dans la grande majorité des pays de la planète, la femme, en 2003, est toujours aussi mal lotie. Ainsi, en un an, il n’y a pas eu de grands changements dans le destin des Afghanes, toujours passibles de la peine de mort pour des adultères dont la réalité reste à prouver, si ce n’est que leurs bourreaux se sont rafraîchi la barbe. Pas de grands changements sûrement, mais qui s’en soucie, pour les enfants-putes de Manilles, les petites chinoises « exposées » en pleine nature à la naissance pour cause de politique de l’enfant unique, les petites excisées africaines, les petites mains de tous les « sweat-shop » du monde, et toutes celles que l’on marie de force à des vieux barbons, que l’on vend, que l’on exploite, que l’on viole, que l’on vitriole, que l’on séquestre. Oui, bon anniversaire à toutes ces femmes, qui partout, sur la planète, paie très cher le fait d’être nées au mauvais endroit, dotées du « mauvais » sexe.

On se demande d’ailleurs s’il est un endroit, où il fait bon d’être femme. Car même dans les vieilles démocraties, la cause des femmes a encore bien du chemin à parcourir. L’expulsion de la député australienne Kirstie Marshall du parlement pour cause d’allaitement maternel nous rappelle que lorsqu’une femme souhaite pénétrer un bastion du pouvoir masculin (ici l’arène politique), il lui faut ne plus être femme, et encore moins être mère.
En France, 55 ans après l’obtention du droit de vote, la situation reste consternante, quand elle ne se dégrade pas, comme c’est le cas dans ce que l’on appelle pudiquement les « quartiers ». Plus besoin d’être une jeune fille indienne répudiée par sa belle-famille pour finir vitriolée ou même brûlée vive. C’est arrivé près de chez nous, où une violence inouïe est exercée à l’encontre des jeunes filles. Le glissement sémantique qui s’opère à leur dépend est effroyable : un viol collectif est une « tournante », une fille est soit une « pute », une « salope » ou alors elle doit renoncer à toute vie affective, à toute idée de séduction. Se taire, se terrer ou subir la violence la plus sauvage, c’est la vie des jeunes filles des cités : « ni putes, ni soumises », le combat des femmes repart à zéro !

D’ailleurs où sont les femmes ? Certainement pas dans les postes clés de notre société. Au recensement de 1999, les femmes représentaient près de 52 % de la population et pourtant, en 2001 elles ne sont que 11 % des députés élus de l’assemblée nationale, 7 % des maires des communes de plus de 3500 habitants.
Dans le monde du travail, le fossé hommes-femmes est tout aussi profond : Alors que 80 % des femmes de 25 à 49 ans travaillent, ce qui est le plus fort taux d’activité d’Europe, le salaire moyen des femmes est égal à 82 % du salaire moyen des hommes, ce qui est essentiellement du à la plus forte proportion d’emplois peu qualifiés occupés par les femmes. Cependant, cet écart se creuse quand on progresse dans l’échelle des rémunérations : le salaire d’une femme cadre représente en moyenne 76% de la rémunération d’un homologue masculin. D’ailleurs, plus on grimpe l’échelle sociale, plus l’air se raréfie pour les femmes qui ne représentent que 8 % des dirigeants d’entreprises de plus de 50 salariés. Moins bien payées, avec de moins bonnes carrières, les femmes sont aussi plus massivement touchées par le chômage (10,7% en 2001 contre 7,1 % pour les hommes) et sont le gros de la troupe des temps partiels (27,1 % des femmes actives, contre 4,7 % des hommes).
Ces écarts ne s’expliquent pas par le manque de qualification des femmes : en 1999, 24,9 % des femmes sorties du système scolaire avaient obtenu une licence ou un diplôme supérieur contre 17,8 % des hommes. (*)

Mal payées, sous-représentées dans les postes à responsabilités, les femmes sont aussi mal-traitées, encore et toujours dans leur corps et leur image. Etait-il bien utile de brûler les soutient-gorges en public si c’est pour continuer à glorifier l’image de la femme mince, voire très mince dans les médias, femme faire-valoir, potiche ou plante-verte, vantant les perceuses et les grosses cylindrées, bâtie comme une pré-adolescente, véritable publicité pour l’anorexie et autre connerie de régime ? Car si le 8 mars est la journée de la femme, le 9 au matin, les magazines féminins préparent la « Grosse Berta » pour lancer les stupides régimes de l’été. Car voilà, non contente d’être humiliée dans la vie professionnelle sous prétexte, il faut le dire, qu’elle risque de faire un enfant (Ah, le cauchemar de l’entreprise moderne, la travailleuse qui prétend à la maternité !), la femme est stigmatisée dans son corps, la mode de la belle charnue n’ayant décidément pas pris, il lui faut aussi nier son corps féminin callipyge et parfois généreux, car peut-être trop maternel, pas assez sec, triste et droit, pas assez efficace, masculin.

Alors, qu’est-ce qu’elles veulent, ces femmes, que veulent-elles vraiment ?
Il serait peut-être temps de leur poser directement la question.
Peut-être ne plus devoir choisir entre leur vie de femme, de mère et l’idée souvent un peu chimérique de carrière.
Peut-être que leur physique ne soit plus aussi important dans leur vie quotidienne.
Peut-être juste que leur féminité ne soit pas ce qui détermine les choix quelles pourront faire dans leur vie.
Peut-être qu’on les laisse en paix.
Peut-être qu’elles n’aient pas à singer les hommes pour réussir.
Peut-être le droit à être incompétentes, elles aussi.
Peut-être qu’on les écoute, juste une fois, dire ce qu’elles veulent vraiment.


(*) chiffres INSEE : www.insee.fr

Bonne lecture,
aggie@levillage.org


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L'AUTEUR
Agnès Maillard
Agnès Maillard

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