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eXo
Petite fantaisie onirique
Et si la matière n'était pas, pas plus que l'existence ?
Et si tout ça n'était qu'un rêve ?
C'était une de ces nuits noires, où les nuages cachent même l'absence de Lune.
On n'y voyait goutte.
Les tracasseries urbaines aidant, je ne pouvais dormir.
Englouti par le Voltaire je scrutais tout ce noir.
Sans espérer grand chose, j'attendais le sommeil.
Je me vidais la tête...
Soudain, un point perla de cette voûte.
Une étoile pensai-je.
Enfin une éclaircie ?
Le point grandit.
Un disque, une chaloupe (j'hésite entre une soucoupe et un halo), stationnait, m'attendant.
Ma naturelle exubérance pourrait me pousser à omettre certain détail.
Elle pourrait simplement à me faire passer pour plus brave que je ne l'ai alors été...
Mais si je partais dans cette direction, ce récit ne présenterait plus le moindre intérêt...
Oui, j'avoue : quand j'ai senti cette lumière sur moi, j'en ai chié... sur le Voltaire.
Ce n'étaient ni des lettres de feu, ni un verbe parlé, c'était simplement une caresse, une vibration.
Mon salon s'est petit à petit dissout autour de moi.
Je n'étais plus assis : je flottais.
Je n'avais plus ni chaud ni froid...
J'étais déconnecté de mon organisme : désorganisé.
La preuve d'une intelligence est la présence d'un cristal asynchrone. Quelque chose qui ne peut être dû au hasard, ni à la nature. Les sensations que je ressentais alors me donnaient l'impression d'être le cristal.
D'être l'écrit.
Je me laissais peu à peu deviner par ce langage.
Le dialogue pouvait commencer :
-uh ?!
-(vibration rassurante)
-y a quelqu'un ?
-(vibration rassurante)
-où suis-je ?
-(pas de "réponse")
-quand suis-je ? que suis-je devenu ?
-(pas de "réponse")
-que vais-je devenir ?
-(vibration rassurante)
-à part des vibrations, puis-je espérer quelque chose de plus éloquent ?
-(vibration rassurante)
-Drôle de situation... les ET auraient donc de l'humour ? Ou suis-je simplement seul en train de me faire berner par une espèce d'echo ?
-Non.
A la bonne heure !
"Ca" parle.
-Bonjour
-Le jour, la nuit, le temps... Quelles petites considérations.
-Enchanté. Qu'est-ce que tu es alors ? ma conscience, mon Jimini Cricket ?
-Non.
-Mais encore.
-Nous te subissons. Toi et les tiens. Nous avons décidé d'y mettre bon ordre.
-Tu es un de ces éco-nazis ? Tu veux me punir ?
-Non. Je ne suis pas un matérialiste. Je considère la matière comme un stimulateur virtuel de perceptions, à commencer par celle du temps. Rien de tout ce que tu as des raisons d'aimer n'existe.
-Mais alors, si je m'aime moi-même, je n'existe pas ?! Comment peux-tu chercher à me punir ?
-Tu es ici dans un état que je qualifie de tangible. Tu existes enfin puisque nos entités peuvent enfin interférer. Je te perçois, donc tu existes. Au même titre que tous les représentants de mon espèce qui cohabitons sous ce que tu perçois comme une enveloppe unique.
-Effectivement, vu d'ici tu es un blob, un truc qu'on ne sait pas par quel boût prendre. Et moi, avant ce soir, je n'étais donc pas ?
-Non. Tu étais un artéfact, un signal parasite. Ta complexité n'y enlève rien. C'est ta subjectivité qui t'a leurré. Mais ce sont ces ondes négatives que tu émets et qui nous troublent qui nous font te considérer comme une nuisance. A l'instar de tous les représentants de ton espèce, tu veux exister afin de faire valider ton existance. Donc vous n'êtes pas.
-La conscience jaillie du moi me prouve cependant le contraire.
-Ton référentiel est faux. Ta personnalité n'est qu'une ambition. Freud t'a imposté : il n'y a pas de moi, pas d'ego. Ce que tu appelles l'humanité n'est que l'ensemble de signaux parasites émis par votre système. Cet ensemble produit des informations incohérentes et éventuellement utilisables en tant que bruit. Mais il nous ralentit par induction.
-Induction ?
-Il n'y a pas de matière. Tout n'est qu'ondes. C'est par induction et interaction que la plupart des phénomènes physiques prennent naissance. La gravité ? Un phénomène de résonance exercé par un amas rayonnant sur un autre amas assimilable. La granularité de ce phénomène définit la texture d'un corps, s'il est "solide", liquide", tangible ou non. La pensée est un phénomène électrique émanant d'ondes stationnaires stabilisées. La sympathie ? Simplement la cohésion entre deux de ces ondes de pulsations proches. L'esprit est extractible et demeure tant qu'il est stimulé. Le temps n'est qu'une donnée géographique, pour une onde. À l'instar de vos gaz, l'univers est un enchevêtrement ondulatoire. Il n'y a pas un seul "endroit" vide. En s'affirmant, l'ego veut se substituer à l'univers en en refoulant la substance à travers ses interstices. Ce système, en se stabilisant vise entropiquement à se refroidir mais la moindre interférence a pour effet d'y maintenir des ilôts de chaos sporadique par réaction en chaîne. On ne pourra jamais l'arrêter et ce n'est pas notre but. Nous cherchons à réagencer ces
zones en une seule source d'energie cohérente et stabilisée.
-...
-Nous vous absorberons.
-Vous cherchez donc l'union ?
-Non, de notre hybridation pâtirait notre évolution actuelle. Nous voulons vous utiliser comme "combustible", comme "matériau".
-Qui, "Nous".
-Il te faut un nom, tu veux que je te réponde quelque chose comme "Dieu" ? Rien de tout cela ne correspond à notre réalité. Nous sommes une entité unique et polymorphe, une intelligence collective et rationnelle. Tu vas devenir un fragment du "Nous".
-C'est du communisme !?
-Non. Simplement de la mécanique. Tu n'as plus de question à te poser, tu es à ta place, maintenant. Tout ce qu'il te reste à faire, ce n'est plus raisonner mais résonner.
J'ai essayé de penser, d'assimiler cette absorption à l'image préconisée par la mondialisation. La conception d'un monde où le marché est unique, où tout le monde consomme la même chose et où il faut être développeur enregistré auprès d'une multinationale pour avoir le droit de créer. Mais j'étais vide.
Alors, je me suis réveillé dans mon Voltaire.
J'avais également, et fort heureusement, révé le regrettable incident organique de cette nuit.
J'ai consommé de l'électricité, de l'eau, du café.
J'ai brûlé de la bande passante afin de m'enquérir des autres formes de vie.
Je suis remonté afin de procéder à ma toilette matinale quand une douleur m'a fait tressaillir.
C'était la Louise qui n'avait pu réprimer son envie de croquer du mollet.
Malgré ses protestations, je l'ai soulevée pour l'embrasser. Elle sentait un peu.
Ca fait du bien d'être.
" Artists call me a nerd
Nerds call me an artist "
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