Au Vietnam, 1954. Deuxième épisode
Arrivée au VIETNAM et premier engagement. Dien Bien Phu.
Rappel de l’épisode précédent. L’auteur, alors jeune médecin militaire frais sorti des écoles, résume la situation du Vietnam de 1953, indépendant sous l’empereur Bao Dai avec l’aide de la France. Il énonce les quatre raisons qui l’avaient amené à s’y rendre, pour assister la jeune armée vietnamienne de Bao Dai en lutte, en ces temps de guerre froide, contre les partisans du camp soviétique
Parti de Marseille début octobre 1953 avec le 35éme Régiment d'Artillerie légère Parachutiste, nous sommes arrivés à Hanoi début novembre, puis dans la banlieue de cette ville, au lieudit "'Pont des rapides" mi-novembre. Vers le 17, une activité sourde régnait. On murmurait q'une très importante opération se préparait. Le 20 novembre à l'aube, nous nous embarquions dans des avions Dakota. Pendant la traversée, le ciel était parfaitement clair. J'ai pu voir les collines que nous survolions. J'ai été frappé par l'absence de toute forme de vie. II n'y avait aucun village en vue. Pas de cultures non plus Ceci est resté pour moi un mystère. I1 semble que les montagnes soient très peu habitées. La population du Vietnam se concentrerait-elle exclusivement dans les vallées et les deltas ? En milieu de jour, nous sautâmes à très basse altitude sur une plaine alluviale qui allait devenir célèbre : Dien Bien Phu. A terre, les combats avaient cessé. Mon supérieur direct Médecin Capitaine, qui avait atterri au même endroit peu auparavant, avait été poignardé à mort. Quelques Français avaient été tués aussi. II restait sur le terrain quelques cadavres d'ennemis.
Les quelques jours suivants ont été occupés à aménager nos abris-domiciles. Dans la journée, je faisais des consultations médicales. Les militaires étaient mes principaux "clients", bien sûr. Mais villageois aussi n’hésitaient pas à nous demander de l'aide médicale. Nous avions saisi des médicaments, marqués en Thaïlande, pays très voisin. Ils m'ont paru démodés. Tous les gens du village consultés avaient une rate énorme. Je les évaluai entre un demi et plusieurs kilos. Je rapportai cela au paludisme endémique, bien que 1'origine ait pu être autre. Après quelques jours d'intenses parachutages et « droppage » de matériel, le camp était encerclé de barbelés, entièrement occulté. Les habitants du village avaient été priés de rejoindre l'arrière pays au-delà des lignes.
De par I'exemple de Na San et de Lai Chau (1), personne ne doutait que Dien Bien Phu serait vigoureusement attaqué sitôt que 1'ennemi serait prêt. Nous ne voyions personne. Notre régiment tirait au canon sur des objectifs dont, en tant que non technicien, je ne saisissais pas comment on pouvait les déterminer. Mais sitôt qu'un groupe d'hommes sortait de l'enceinte, il était pris à partie avec beaucoup de violence. Nos canons de 105 tiraient alors. Ce n'était pas au hasard. Nous suivions par radio les hommes et leurs chefs qui parlaient tout bas pour éviter d'être repérés et pris pour cible par l'ennemi tapi à quelques mètres. Ces indications permettaient à mes chefs de régler des tirs d'une grande efficacité. Plusieurs bataillons ont été sauvés par cette action.
Un peu après la mi-décembre, le Haut Commandement a remplacé à Dien Bien Phu les parachutistes par des troupes moins mobiles. Les parachutistes avaient mission de conquérir du terrain. Puis on le confiait à des troupes non spécialisées. L'aérodrome fonctionnait encore. J'ai été surpris d'ailleurs de voir que rien ne protégeait cet aérodrome du côté de la montagne. Le côté aérodrome était "tenu" par des soldats Thai (habitants de la région qui entourait Dien Bien Phu). Beaucoup plus tard, j'ai su qu'ils se révoltèrent, massacrèrent leurs officiers ainsi vraisemblablement que ceux des leurs dont ils doutaient de la conviction anti-française. Ce revirement était bien évidemment dû au fait que la défaite des Vietnamiens de Bao Dai assistés par les Français était devenue certaine. Ils livrèrent l'aérodrome à l'ennemi. Mais au moment où nous embarquâmes, tout paraissait calme. Un avion nous a ramenés a Hanoi, aérodrome de Gia Lam.
(1). Na San, Lai Chau étaient deux camps retranchés en haute région, près de la frontière chinoise. La pression de l’adversaire augmentant avec l’aide chinoise, Na San a pu être évacué par air sans trop de pertes et une partie de la garnison de Lai Chau s’est repliée à pied sur Dien Bien Phu . Je l’y ai vue arriver début décembre.
Prochain épisode : Une nouvelle mission : Le Laos
Jacques cheneau
cheneaucor@free.fr
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