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L'Echo du Village - Accueil n°201 - Jeudi 1 août
Rubrique littérature animée par aucun responsable. Postulez !


La fuite
Ou les problèmes de l'adolescence.

La porte s'ouvrit sur une nuit sans lune, laissant péné-trer au sein du petit pavillon, des rais obscures chargés de rêves, d'espoirs et de peurs ancestrales.

La porte s'ouvrit sur une nuit sans lune, laissant péné-trer au sein du petit pavillon, des rais obscures chargés de rêves, d'espoirs et de peurs ancestrales.
L'aurore était encore loin.
Lorsqu'elle franchit le seuil, la différence de tempéra-ture la fit frissonner. Pourtant, il ne faisait pas froid. Au contraire ; l'atmosphère de ce jour à peine éclos lui parut d'une pureté et d'une légèreté toute bienveillante. Rien à voir avec cette atmosphère viciée et maléfique de la de-meure qu'elle fuyait...
A sa première inspiration, il lui sembla même que cet air nouveau qui s'engouffrait en elle dilatait sa tête et son corps. Elle se sentit grandir comme en témoignage de cette renaissance qu'elle escomptait trouver derrière le voile flou et incertain de l'avenir vers lequel elle se dirigea d'un pas, sinon assuré, du moins résolu.

La rue était encore déserte et le silence qui envelop-pait la ville était totale ; les oiseaux ne sifflaient pas encore de louanges à ce nouveau jour ; aucun bruit de voiture dans le lointain ; ses pas même ne tintaient pas sous le crêpe de ses semelles.
Une légère brume s'était posée au creux du vallon ru-ral où dormait sa maison. Tout autour, une épaisse forêt empêchait la nappe laiteuse de dériver ailleurs. Elle restait là, dans son berceau, flottant à quelques centimètres du sol.
Les mains bien au fond des poches, elle se dirigea au sud. Bien qu'un peu effrayée à l'idée de traverser la dense végétation au cœur de cette nuit noire, elle ne voulait pas risquer de croiser d'éventuels témoins de sa fuite. Elle ne souhaitait pas être retrouvée. Ce n'était pas une simple fu-gue destinée à attirer de nouveau le regard de ses parents sur elle, car même s'il était vrai qu'ils ne faisaient plus au-cun cas de sa présence tant ils étaient occupés à ce déchi-rer, à gommer les dernières traces d'amour en leur cœur, à piétiner les souvenirs communs, elle savait que plus rien ne serait jamais comme avant. Après un tel déploiement de haine, les plaies seraient trop profondes pour ne pas conduire à la mort inéluctable de leurs amours paternelles, maternelles et même filiales.
Le pire, l'acmé de toute cette pitoyable histoire avait été le jour où ses parents s'étaient battus pour elle ; c'était à celui qui aurait le privilège de l'emporter dans ses baga-ges, le privilège de son amour. Alors même qu'elle n'exis-tait plus pour eux, ils l'élevaient soudainement au rang de trophée, de simple objet, faisant reposer le poids de cette rupture sur ses trop frêles épaules, elle qui était pourtant exclus des discussions.
Alors, du haut de ses 15 ans, elle avait préféré partir, emportant dans sa tête et son sac tous les bons moments qu'ils avaient vécus ensemble.
Elle fuyait, oui, et pourtant, cette décision lui avait de-mandé bien du courage. Mais il le fallait. Finies les soirées de pleurs, prostrée dans un coin de sa chambre, les mains sur les oreilles. Finis ces cris d'adultes qu'elle aimait et qu'elle ne pouvait comprendre. Tant de haine dans la bou-che de personnes qui avaient été amoureuses et heureu-ses si peu de temps auparavant était-elle possible ?

Elle se sentait déjà mieux ; libre ; légère. Elle se voyait un peu en maître du monde en cette heure où le commun des mortels se repose. Elle pouvait faire ce qu'elle voulait, personne ne pouvait l'en empêcher. Elle était là, bien éveil-lée, lucide, maîtresse de ses actes, pendant que " les au-tres " étaient abandonnés aux bras de Morphée, comme des larves, fragiles et vulnérables, perdant du temps sur leur trop courte vie. Le monde lui appartenait ; elle était vi-vante...


On n'eut pourtant aucun mal à la retrouver, elle qui ne le souhaitait pas !
Elle était là, au milieu des fougères, étendue les bras en croix. Ses cheveux faisaient une auréole autour de sa tête. Sa cheville droite avait un axe étrange : elle s'était bri-sée en roulant sur une pierre. Son corps avait dévalait le long de la pente forestière, les mousses humides qui la re-couvraient préservant le silence et la quiétude du lieu. Sa légèreté un instant retrouvée s'était vue écrasée sous le poids de sa chute. Ses rêves de renouveau s'échappaient, mêlés au sang qui s'écoulait par un minuscule trou ouvert sur le côté de son crâne, rougissant davantage le tapis au-tomnal. Son regard terne fixait le ciel sans nuage, tourné vers d'autres cieux qu'elle ne verrait jamais. Elle était morte...


emmanuel.grison@wanadoo.fr
http://aire-nouvelle.monsite.wanadoo.fr


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