LeVillage.Org - Bienvenue
Besoin d'aide ?
L'hebdo
Accueil Hébergement Webmail Rencontres Wiki Village 3D Forum
 
L'hebdo
RETOUR A LA UNE

LES ARCHIVES
371370369368 367
366365364363362
Toutes les archives

LA REDACTION
Devenez reporter
Votre bureau
La rédaction
Les reporters

AIDE ET CONSEILS
Foire aux questions
Conseils d'écriture
La netiquette


Publicité

L'Echo du Village - Accueil n°176 - jeudi 24 janvier 2001
Rubrique culture animée par Médée (version originale) assistée par Kirmaha Eanriatt


Les blés en herbes

Ma première expérience pédagogique. Dix neuf regards clairs d'enfants me regardent avec une certaine attente. C'est le moment d'avoir la trouille...

Depuis plusieurs semaines déjà, une institutrice de Comines (nord) m'a demandé une intervention pédagogique sur l’art de la peinture en général, et sur le mien en particulier.

Artiste-peintre depuis une vingtaine d’années, je ne m’étais jamais imaginé qu’une telle chose pouvait m’arriver, le bourru et râleur qui ne s’est jamais mis à nu en peignant devant le chaland qui passe. Une certaine pudeur peut-être, de la timidité c’est certain.

Mais voila, c’est que j’étais le dos au mur. Pensez donc, ma petite fille faisait partie de la classe, et quelle déception pour elle si je ne venais pas. A huit ans, on idéalise toujours trop.

Bref, le rendez-vous était pris, ce serait le 22 novembre. Et comment donc allais-je m’y prendre?

§ Le grand jour.

Une grande toile avec un motif simple, en aplat (et en acrylique, cela se nettoie mieux) sous le bras et dans les mains, les chevalets de campagne,des toiles en construction , les pots de peinture, chiffons, brosses et autres bricoles utiles.Imaginez un peu ce grand ballot qui débarque dans une école dont il ne connaît personne sauf une élève, et l’institutrice (et encore).

Il est treize heures cinq, le temps de poser mon matériel sous le tableau vert, et déjà quelque chose se noue dans le ventre. Je respire un coup, mais j’ai l’impression que je dois avoir un visage blanc comme un cachet d’aspirine. " Ne vous inquiétez pas, cela va bien se passer, vous verrez " me dit l’instit.

Ouaips, facile à dire. Je ne suis pas pédagogue, moi !

L’institutrice m’emmène prendre un café et me présente à quelques collègues, je me détends un peu.

Treize heures vingt-cinq, "Ils" vont bientôt arriver, la sonnette de la rentrée retentit, ça y est, "Ils" vont entrer dans la classe, ça va être ma fête.

Un peu de chahut, mais je suppose que c’est toujours comme ça quand on rentre en classe, "Ils" s’installent, et je vois dix-neuf visages tournés vers moi, les bras croisés, l’air sérieux et attentif. Attention, c’est pas le moment de dire des bêtises.

L’institutrice me présente en tant qu’artiste et me passe la parole. J’ai le sentiment de bafouiller un peu. Vite vite, il faut que j’instaure un dialogue mais tout ce que j’avais pensé leur dire s’efface de ma mémoire comme le frottoir efface le tableau. J’ai la tête vide, complètement vide.

J’improvise, je fais comme "l’instit" de la télé et j’inscris mon nom sur ce grand tableau vide,(il faut bien commencer par quelque chose), et sans bien m’en rendre compte, une phrase sort de ma bouche, " De quoi a besoin un artiste-peintre pour travailler? "... un silence qui me paraît long, un petit doigt timide se lève à moitié, je regarde ce petit visage tranquille, il sourit et annonce interrogativement ... " des couleurs? " d’autres doigts se lèvent, le dialogue s’instaure, et l’on parle. Les questions sont pertinentes, leur attention ne fait pas défaut, et il faut le brouhaha du couloir pour m’apercevoir qu’il y a déjà une heure et demie de passées. Je leur promet une surprise pour la seconde partie de l’après midi, il est quinze heures et il faut presque les pousser en récréation en promettant de répondre aux questions posées, à leur soif de connaissance, à leur attente.

...............

La construction d’une oeuvre collective émerveille les enfants. Sur une toile préparée, en les guidant, ils impriment leur main préalablement trempée dans la peinture acrylique et le miracle se réalise. L’aspect général de la toile est surprenant et spectaculaire. L’annonce qu’elle appartiendra à leur classe en janvier, (le temps de la terminer) fait monter des manifestations de joie et de bonheur. " C’est parce qu’on s’est tous mis ensemble qu’on a pu faire ça, hein m’sieur ! " dit une petite fille. La voila, la leçon des enfants... Un ange passe, les larmes me montent aux yeux, je détourne la tête pour que l’on ne voit pas l’émotion m’envahir, mais c’est trop tard, dans ce silence qui m’a paru durer une éternité, quelque chose de fort, de palpable est passé dans cette classe d’enfants de huit - neuf ans qui m’a accueilli comme l’un des leurs.

Il est l’heure de partir, mais ils me réserveront encore une dernière surprise sur le seuil de leur classe. En chœur, ils me souhaitent de passer une bonne fin d’année et de joyeuses fêtes de Noël.

Ah, sacrée journée que je n’oublierai pas de sitôt, mais pas pour les raisons que j’avais en venant.

Bonne fin d’année les enfants, et joyeux Noël à vous aussi, et à l’année prochaine.

Alain Minet
lartist@levillage.org
http://www.salut-lartist.org


Recommander à un ami        Imprimer
CHEZ TOUS LES MARCHANDS DE JOURNAUX
Découvrez l'Écho en kiosque
Chaque mois, retrouvez l'Écho en kiosque avec un contenu inédit. 72 pages écrites par les reporters villageois et le fameux CD-Rom & Audio gratuit. 15 francs seulement !
Voir le sommaire

Voir le sommaire



L'AUTEUR
Lartist
lartist

Carte de reporter

5 derniers articles :
• L'€uro

L'ÉCHO PAPIER
Abonnez-vous dès maintenant !
Recevez l'Écho du Village papier chez vous tous les mois pour 24 euros 50 (12 numéros)
>> Je m'abonne

RUBRIQUE culture
• La Bible
Les premiers écrits bibliques datent environ du IIIe millénaire av. J.C. A l’époque les hébreux maîtrisaient déjà l’écriture.
L'Écho du Village n°176


• Perdu dans la philo???
"Qui ne sait pas tirer les leçons de 3000 ans vit seulement au jour le jour.
L'Écho du Village n°174


• Le christianisme doit-il disparaître ?
Le succès des JMJ parisiennes puis romaines ne doit pas cacher, en ce début d’année et de second millénaire, le bilan mitigé de l’église catholique.
L'Écho du Village n°174


• Art / dead or alive / mort ou vif
Depuis quelques années, certains théoriciens affirment que, avec l'avènement de l'internet et la reproduction sauvage (sampling, copy/past etc.),nous assistons à la mort de l'art.
L'Écho du Village n°174


• Lily Marlène aurait mis fin à ses jours
L'actrice Marlene Dietrich, décédée en 1992 à Paris à 90 ans et dont l'Allemagne célèbre jeudi le centenaire de la naissance, s'est vraisemblablement suicidée, a déclaré mercredi sa confidente.
L'Écho du Village n°173


• Ne me donnez pas de conseils
Internaute depuis une année seulement, plus je surfe sur les forums, plus je découvre un monde parallèle étrange et cruel. Sur certain forum, on trouve des personnes sensibles et humaines.
L'Écho du Village n°173



DEVENEZ REPORTER
L'Écho du Village propose à tous les villageois de devenir reporter grâce à une interface conviviale et facile d'utilisation.


D'accord ? D'accord Pas d'accord ? Pas d'accord Suggestion ? Suggestion

8 commentaires :
Les commentaires sont la propriété de leurs auteurs.
Nous ne sommes pas responsables de leur contenu !

C'est vrai. - Par Josel le 31 janvier à 14:24

C'est à la fois si dur et si passionnant d'enseigner. Au fond c'est un peu un objectif pour chacun en tant que parent.
Répondre

C'est adorable - Par emasister le 28 janvier à 09:47

Merci l'artiste pour ce témoignage vivant et tellement mignon. J'avais l'impression de voir les yeus de ma fille quand tu de cris "leurs" yeux.Tu ne ferais pas un tour de France par hasard? Si tu l'envisages, je te donnerai les coordonnées de sa classe...Mais une martenelle ne serait pas pour toi une épreuve supplémentaire?
En tous les cas bravo pour ta démarche, il est toujours enrichissanr dans les deux sens d'apprendre aux enfants.
Répondre

Merci de ton témoignage in vivo. - Par Jiel85 le 25 janvier à 05:18


Moi c'est pareil.

Putain, la trouille, le premier jour !!!
J'etais tout seul. Ils etaient tous là, à me regarder. Et puis, ils etaient plus agés que les tiens (16/18 ans environ). On m'avait prévenu. Surtout Rachid (Il était plein de rasoirs,ce jeune). Et l'autre taré (Djamel Séplukoi) toalement dingue. 80 kilogs de nerveuse folie imprévisible. Totalement disjoncté. Agité de la tête au pieds. Déjà un pro de la chnouf.Il tremblait de haine en me fixant les yeux. J'en avais dix ou douze dans le dos. (Le frère du Djamel, notamment. Mohand. Un sacré cinglé, lui aussi. Mohand Hemdani. Ca me revient leur nom). Il commençait à faire nuit.C'etait l'hiver. Personne aux fenêtres. Je me sentais pas bien. Franchement. Et ils le sentait. Et pourtant je pouvais pas reculer.

D'ailleurs, à l'Ecole, ils te le répètent toujours. "NE JAMAIS RECULER"

J'aurais voulu les y voir,moi,ces branleurs d'instructeurs.

Jiel

(Gardien de la [...] Lire la suite
Répondre

  • En plus - par Jiel85 le 27 janvier à 13:17
  • Re: - par pHg_007 le 01 février à 08:13
    • Re: - par pHg_007 le 01 février à 08:14

Bravo pour ton article édifiant - Par anjou le 25 janvier à 03:44

C'est vrai que l'éducation des petits est un émerveillement constant. C'est le moment où tout semble encore possible. A cet âge il regarde tout comme si c'était la première fois et nous sommes transportés par eux dans les contrées de l'humanité originelle. Encore merci
Par jeanne lucienne duchemin


Répondre

 
 
Logos - Partenariats - Espace Presse - Publicite - Contacts - Mentions légales et respect de votre vie privée © VEZIM SARL