C'est trop mortel!
L'émission que l'écho du village conseille aux enfants.
On a coutume de dire depuis quelques mois que la télévision dérive dans le sordide et que le respect de l'être humain est gentillement anhililé. A l'écho du village, nous vous présentons le prochain stade de cette dégradation. Mais chut, n'en parlez pas à certains, ils seraient capables de nous voler l'idée...
- Bonjour, Vincent-Henri Strauss.
- Bonjour
- Vous êtes venu présenter votre premier film : « Le réglisse dans la vallée ».
- Oui, en effet. On me connaissait en tant qu’écrivain-philosophe et plus accessoirement en tant que génie ; à présent, on découvre le cinéaste.
- VHS, quelle est la trame de votre film ?
- Eh bien, il s’agit de l’histoire d’un vendeur de légumes, sur une île de cannibales, qui élève des pingouins. Il s’attache à ces braves bêtes, mais un jour, le fantôme de Marie-Antoinette survient et dérobe la pelote sacrée.
- Il s’agit de laine provenant d’un animal méconnu, le narval argenté mérinos ou plutôt le narvalus argentus merinonus qu’on appelle aussi quart-narval. Mais quelle est la conséquence du vol ?
- Hé bien ! La disparition de la pelote, pauvre con !
- Attention, si vous continuez, vous allez recevoir une tarte ! Mais d’abord, si vous le voulez, VHS, nous parlerons de votre film ultérieurement (de peur que l’audience chute) car ce qui intéresse le téléspectateur, c’est… c’est ?
- Qui va être tué !
- Vous connaissez tout à fait le principe de l’émission. Pour savoir qui va être tué, nous allons donner la parole à une cruche blonde quelconque. A vous Betsy !
- Hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi hi
- Pourquoi pouffez-vous aussi bêtement, Betsy ?
- Je crois que j’ai cassé la boîte à rire, patron …
- Bon, peu importe. Où vous trouvez-vous, Betsy ?
(Betsy plantée devant la tour Eiffel se retourne et contemple la construction.)
- Hé bien, sans émettre de conclusions hâtives, je crois être à Paris.
- Ha, très bien ! Quoique avec la tour Eiffel en arrière-plan, on risque difficilement de se tromper.
- Il y a une tour Eiffel à Las Vegas patron.
- Mais oui, et pourquoi pas des pyramides en Egypte ?
- Maintenant, je vais vous donner des indices sur la personne qui nous intéresse…
- Ecoutez attentivement, Mesdames et Messieurs, c’est peut-être vous !
- 1) La personne est un homme
- Cela réduit le choix de moitié.
- 2) Il est de race blanche
- Désolé pour les autres
- 3) Il est marié avec trois enfants.
- Génial, on va faire des orphelins et même une veuve !
- 4) Il est postier
- J’en connais qui ne recevrons pas leur courrier demain.
- Hi hi hi hi hi hi hi hi. La boîte à rire est partie toute seule, patron.
- Nous vous remercions pour ces indices, Betsy et nous allons poursuivre l’émission. Alors, VHS, que pensez-vous du principe ?
- Edifiant, je le trouve édifiant. J’admire ce dépassement de la logistique manichéenne dans le but de promouvoir une mise à mort respectueuse et sacralisée.
- Oui, j’allais le dire. Le philosophe softeur Veesty aurait déclaré à propos de l’émission : « C’est trop cool ». Partagez-vous ce point de vue.
- Assurément !
- Avant de tuer la personne, qui je le rappelle a été choisie au hasard, nous avons recueilli les témoignages de ses proches, histoire de pleurer un peu avant le mise à mort et de créer une ambiance dramatique qui fera augmenter la consommation de mouchoirs en papier et ainsi accentuer le gaspillage de papier ce qui fera qu’on abattra de nouvelles forêts et la forêt amazonienne sera touchée et comme la forêt amazonienne est le poumon de la planète, nous n’aurons plus d’oxygène et l’humanité mourra étouffée, dans d’atroces souffrance et les cavaliers de l’apocalypse descendront sur terre et… heu. Magnéto, serge !
(La future veuve apparaît à l’écran.)
-Snif, snif, mon mari va mourir abattu pour le compte d’une émission télé. J’ai le cœur déchiré, mais aussi plein de joie. Plein de joie, car il sera vu par des dizaines de milliards de personnes et que tout le monde se souviendra de lui. Il était un bon mari, un bon père et je le regretterai. Mais ce sacrifice sera j’en suis sûre, profitable à l’humanité entière. Il sera un exemple de courage, de bravoure, d’intégrité, pour tous les enfants de la terre. Il mourra au nom d’un média synonyme de liberté, de vérité et de célébrité. Ô gloire suprême, il passera à la postérité et au prix de sa vie. Mais que de larmes pour nous. Heureusement, que la production de l’émission prend en charge tout les frais d’obsèques et m’offre une pension de 15 millions d’Euros, sans cela, je pense que je le regretterai beaucoup plus.
- VHS, ne trouvez-vous pas de témoignage bouleversant.
- Oui, j’en pleurais à l’avance. Mais parlons de mon foutu film, car j’aimerai bien m’acheter une piscine.
- On a pas le temps et on n’en a rien à foutre de votre navet.
- Je sais que vous vous en foutez, moi aussi je m’en fous de mon nanar à la con.
- Vous êtes grossier VHS. Allez vous branler dans un coin.
- Bonsoir, je suis de retour, moi, Betsy, la cruche blonde. Nous allons tout de suite exécuter Monsieur. Mais d’abord, une page de pub, le temps qu’on charge la kalachnikov.
(Une demi-heure après…)
- Voilà, la pub étant passée, nous vous retrouvons, Betsy. Oh la la, Betsy, les fans sont au rendez-vous.
- Jean-Bertrand-Charles-Marcel-Denis , vous savez que ce sont des figurants que nous sous-payons et non des fans. Mais d’une manière purement déontologique, dénonçer les travers d’un concept basé sur un paganisme lointain revient à se jeter l’anathème, je vous le concède..
- Surveillez votre langage Betsy. Cessez de dire des gros mots. Je n’aime pas ces écarts de langage et ses sursauts d’intelligence. Ce n’est pas parce que vous avez un doctorat en lettres, que vous préparez une thèse en philo et que vous avez un QI de 289 que vous pouvez jouer les malignes. Compris, cruche blonde ?
- Compris patron (un obscurantiste inculte). Notre avons bâillonné notre victime, nous lui avons mis un sac sur la tête, comme dans les mauvais polars. Nous allons maintenant le mettre face aux caméras et lui permettre de prononcer ses derniers mots, qui resteront dans l’histoire. Bourreau, ôtez-lui son sac. Comment allez-vous Monsieur?
- Qu’est-ce que c’est que cette mascarade ?
- Mais enfin, vous allez être tué en direct, vous avez été choisi entre des millions de gens pour qu’on vous offre cet honneur suprême.
- Quoi, quoi ?
- Regardez, comme la nouvelle l’émeut, il en pleure. Le rêve d’une vie se réalise pour ce monsieur. Toutes ses déceptions, tous ses échecs s’effacent. Il voit défiler sa vie et va vivre l’ultime achèvement de son existence. Un grand moment de télévision, Mesdames et Messieurs. Avant de mourir, nous vous permettons de prononcer encore une phrase, que choississez-vous ?
- Regarde chérie, je passe à la télé !
- Bourreau, faites votre office.
(Les crachats rouges de la mitraille, sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu.)
- Notre émission se termine sur cette note tragique, par ce dernier message, d’une intensité folle. Il s’ajoute aux autres qui ont déclaré : « N’oublie pas d’enregistrer l’émission, chérie », « Je pourrais avoir une copie de l’émission, c’est pour mon mari? », « Et dire que je ne suis pas maquillée ». A la semaine prochaine, et n’oubliez pas, parlez de l’émission à vos amis ou en famille.
medee@levillage.org
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