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L'Echo du Village - Accueil n°159 - 27 septembre 2001
Rubrique L'actu animée par titibeny


Explosion de l'usine AZF
Un villageois toulousain témoigne suite à l'explosion meurtrière du 21 septembr

Toulouse - vendredi 21 septembre 2001 – 10h15

Je me trouve dans mon bureau, en présence d’un collaborateur, lorsqu’une explosion sourde provient de l’autre coté de la ville. Immédiatement, nous ressentons comme un tremblement de terre ; les murs se mettent à vibrer ; le sol semble se dérober. Ma secrétaire accourt affolée ; la sécurité civile demande à ce que toutes les vitres demeurent fermées. Les bruits les plus fous circulent parmi le personnel. On craint une attaque chimique ; deux bombes auraient éclaté ; l’une du coté de l’Onia ; l’autre en plein centre ville dans le quartier saint Georges. Toulouse est sous le choc ; tout le monde pense, sans jamais oser le dire à un attentat semblable à celui de New York.

Mon premier réflexe est de demander à mon personnel de rejoindre sa famille et de mettre leurs enfants en sécurité. Je n’aurai jamais pensé que je demeurerais si calme dans des instants aussi graves. Un collaborateur vient vers moi blême ; son épouse effondrée lui demande de rentrer chez lui au plus vite ; les vitres et le toit de sa maison ont explosé. Une porte en verre s’est abattue sur le parc de leur petite fille de 1 an ; elle est heureusement indemne.

Je prends ma voiture. Dehors, tout n’est que désolation. Aucun des numéros de mon épouse ne répond ; le réseau est totalement saturé. Je réussis à rejoindre mes filles qui sont encore au collège. Le principal me rassure ; elles sont en sécurité dans une salle de cours totalement calfeutrée. Je décide de rentrer chez moi, sans mes filles pour qu’elles ne respirent pas l’air de dehors. Je mets devant ma bouche ma chemise, dérisoire protection face à ce nuage orange haut de trois cent mètres qui s’élève dans le ciel.

Les embouteillages sont monstrueux. Les gens apparaissent pourtant calmes. Je maudis ce foutu téléphone portable qui ne parvient pas à joindre celui de mon épouse. Je maudis également mon épouse qui a choisi ce matin là pour aller faire les courses ! Une heure plus tard et seulement deux kilomètres après, je suis enfin chez moi. Ma maison est intacte. Mon épouse arrive en même temps. Elle hurle ; il nous faut, à présent récupérer nos filles. Nous reprenons le chemin inverse. Arrivée à l’école, l’affolement apparent contraste avec le calme de tout à l’heure. On nous indique la salle dans laquelle elles se trouvent. Leurs camarades de classe pleurent ; plus rien, pas même les sourires d’apaisement de certains de leurs professeurs, ne peut les rassurer. Sans leur donner la moindre explication, nous arrachons nos filles de leur salle de cours et rejoignons ensemble notre maison. Notre troisième fille est chez sa nourrice ; nous décidons, également, de la ramener chez nous.

Les journalistes TV expliquent qu’un entrepôt de l’usine AZF a explosé. Très vite, les secours s’organisent. Les équipes de pompiers viennent de toute la région Midi Pyrénées. L’armée forme un périmètre de sécurité. J’apprendrais, un peu plus tard, que les habitants du Mirail ne pouvaient plus entrer ni sortir ; ce jour là, ils ont eu le sentiment d’avoir été sacrifiés. Il y aurait des dizaines de morts, de nombreux disparus et probablement un millier de blessé. Les officiels font part de leur profonde émotion. Le Premier ministre puis le président de la république s’expriment chacun sur le sujet. Philippe Douste Blazy, maire de Toulouse, apparaît révolté sur les écrans.

Nos familles ne peuvent pas nous joindre au téléphone ; elles apprennent la nouvelle sur le petit écran sans savoir si nous sommes toujours en vie. A seize heures, la protection civile nous autorise enfin à sortir de chez nous.

Dans les heures qui suivront, je me rendrais, dans le cadre de mon travail, dans les quartiers les plus touchés. Je crois avoir enfin compris ce que signifie la désolation d’une ville en état de guerre. Les hélicos de l’armée patrouillent dans le ciel ; des militaires armés sont postés dans certains carrefours. Des familles entières fuient leur lieu d’habitation ; leurs voitures chargées du peu de biens qu’elles puissent emporter. Les images de guerre défilent devant moi, sauf que cette fois-ci ce n’est pas qu’à la télé ; c’est en France, à Toulouse. C’est chez moi.

Les gens sont formidables. Des centaines de bénévoles proposent spontanément leur aide aux sinistrés. Le père d’une amie de mes filles, dont je connais pourtant l’extrême dénuement, annonce à la télévision qu’il veut héberger une famille sans toit. L’homme est décidément capable de tout ; de la plus grande des générosités à la pire des compromissions.

A présent, vient le temps des explications. Les politiques, les industriels font tout pour effacer leur responsabilité. Personne n’est coupable et pourtant les morts, les blessés sont là, juste à coté de nous. On apprend qu’une usine proche du lieu de l’explosion contient des milliers de tonnes de substances chimiques qui, si elles avaient été touchées, auraient rayé définitivement de la carte la ville rose et ses 700 000 habitants. La rumeur s’installe ; certains auraient vu une roquette atteindre l’entrepôt. Une chose est certaine, il y a bien eu deux explosions successives. Que nous cache t’on encore ? Une chose est certaine, nous ne voulons plus jamais de cette usine à côté de nos habitations. Des collectifs se forment d’ailleurs pour réclamer son départ.

Toulouse pansera encore très longtemps ses blessures.


Michel Ramongassié.


Michel Ramongassié
ramongassie@net-up.com


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15 commentaires :
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Accident ?? - Par tariec le 02 octobre à 18:33

Bonjours à tous,

Le témoignage de Michel m'a vraiment touché...Je souhaiterai rajouter que je suis un ancien opérateur chimiste (qui a travaillé qq années chez "Rhone-Poulenc") et qui ne peux ctoire la thése de l'accident. Dés le début des événements à Toulouse, j'ai su que cet "accident" n'en était certainement pas un... pour la bonne et (hélas) simple raison que le nitrate d'ammonium ne peux pas exploser sans la puissance d'une détonation violente. Le feu ne pourrais pas jouer ce rôle car le nitrate aurait pu bruler entiérement sans créer aucune explosion. C'est d'ailleurs pourquoi, ce type de lieu (de stockage) ne présente quasiment aucun risque lorsque le produit est manipulé normalement (pas de mélange ou d'exposion). Un ancien collégue (ingénieur chimiste), a qui j'ai telephoné le lendemain de l'explosion, a surtout peur aujourd'hui de la réaction des politiques et des médias car lui aussi (comme le pers [...] Lire la suite
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Merci Michel pour ce récit - Par pakounet le 02 octobre à 00:47

J'étais chez moi quand c'est arrivé. J'ai cru mourir. Heureusement, non. Michel a parfaitement décris l'ambiance à Toulouse ce jour là. C'était affreux. J'espère que ce n'est pas un attentat ou quelque chose comme ça, car, il y a quand même des zones d'ombre dans cette affaire.
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accident, pourquoi?? - Par piero18 le 01 octobre à 17:33

je travaille dans un cyber-cafe et ai donc été au courant de l'explosion de toulouse dans les minutes qui l ont suivie. Une chose m'a choqué,alors que l'on parlait des dégats énormes, du quartier éventré, etc... on assurait dans le même temps qu'il s'agissait d'un accident, comme si une telle conclusion pouvait ètre évidente dans les 10 minutes. en parallèlle on trouvait sur différents forums, celui du Monde en particulier, des personnes compètentes , officiers des pompiers, secouristes, qui affirmaient qu'il s'agissait d'un attentat, allant jusqu'à donner le nom du groupe terroriste qui avait revendiqué le fait. ces mêmes personnes affirmaient que l'information était étouffée pour ne pas créer dans le sud de la france une psychose anti-maghrébins. Je ne peux pas leur donner raison à premiére vue et sans preuve, mais il est étrange que ce point de vue n'ai eu aucun écho dans les grands médias.
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azf - Par philippeh395 le 30 septembre à 21:07

yen a marre d'entendre parler ou de voir écrire :
"mon collaborateur", "mes collaborateurs", qu'en disent les "collaborateurs" ou azfemployés ?
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D'accord pas d'accord le PB subsiste à Tlse et ailleurs - Par ange324 le 30 septembre à 20:15

Je suis tout à fait d&#8217;accord, cette explosion n&#8217;aurait pas dû avoir lieu, et heureusement qu&#8217;elle n&#8217;as pas fait plus de dégâts (par exemple la poudrerie).
On entend diverse version par rapport à cette explosion, la dernière que j&#8217;ai entendu, cet celle de mon coiffeur qui est dans le centre ville de Toulouse. Pour lui, c&#8217;est pas un accident (d'après des dires des clients).

Des versions, on en entend et on va en entendre. Mais la vérité quand est-elle ? Et qui est capable de l&#8217;entendre ? sans de suite démarrer au car de tour sans réfléchir et analyser un seul instant.

Le réel problème, c&#8217;est la sécurité dans ces usines. Je ne pense pas que la solution est de déplacer ces usines dans les campagnes, ni dans un autre pays où la main d&#8217;&#339;uvre est moins chère. Et pour quelles conséquences économiques ?

Accident, attentat, acte criminel, on ne le sera pas vra [...] Lire la suite
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Tous touchés... - Par fleurdesoleil le 30 septembre à 13:20

Juste ceci pour exprimer que tout Toulouse est bouleversé... même ceux qui n'ont rien perdu de leurs biens matériels... même ceux qui n'ont d'autres blessures que celles de l'âme... dont je fais partie... j'ai juste vu tout trembler chez moi... j'ai juste eu peur pour ma vie et celle de tout ceux qui me sont chers... j'ai juste envie que cela ne recommence jamais... mais je sais que ce sera dur et long pour nous de mettre des mots sur nos maux et de retrouver un semblant de 'paix' dans nos esprits... surtout sans savoir vraiment s'il s'agit d'incompetence dangereuse ou de volonté criminelle !!!

En tous les cas, MERCI pour cet immense elan de solidarite qui s'etablit pour venir en soutien à la Ville Rose.
Pourquoi faut-il connaitre des moments si rudes pour que cette solidarite (re-)naisse enfin ?!?

Une fleurdesoleil
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Re: - Par gorza07 le 29 septembre à 19:13

Comment 1 Proc. peut-il affirmer qu'il s'agit à 99% d'1 accident alors q'apparrement aucun chimiste/scientifique ne trouve la moindre hypothese d'explication??? Faut_il à tout prix calmer les populations ?
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Explosion Toulouse - Par lesudiste le 29 septembre à 18:52

Vous avez tous raison, bien sûr, il faut que l'usine ferme, tout le monde est d'accord, sauf les employés bien sûr... je suggére qu'on la déplace à la campagne, à 48km de Toulouse et plus précisément du côté de chez f6hed, qui habitant la campagne utilise peut être directement ou non des produits venant de AZF...
Tout le monde veut circuler rapidement, mais personne ne veut une autoroute prés de chez lui...
Tout le monde veut voyager, mais personne ne veut d'un aéroport à proximité...
Tout le monde veut travailler prés de chez lui, mais personne ne veut l'usine qui emploie son voisin à moins de x km de sa maison ...
La liste pourrait être longue : les antennes de téléphones portable (pourtant nous sommes nombreux a apprécier son utilisation, et râlons lorsqu'il est saturé...), le TGV... etc...

Arrêtons de nous regarder le nombril, on ne peut pas d'un côté souhaiter n'avoir que les avantages de l'industrilisation et de la technique sans avoir quelques inco [...] Lire la suite
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Pauvre Toulousaise - Par nenes867 le 28 septembre à 14:38

Il est sur que nous sommes dans une logique de guerre. Dont dans l'intêrer du pays les informations son certainement tronquer, une chose est bizzare l'explotion a ue lieu aprés le compliment que le président Bouch est remercier chaleureusement notre cher président. Pour les intégristes on du voir rouge vis à vis de la France. Surveillons nos arrières en espérant que la violence s'apaisse.
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Re: - Par Michel Ramongassié le 26 septembre à 16:15

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  • d accord - par f6hed le 28 septembre à 00:25

 
 
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