Inconnu à cette adresse
"Les bourreaux meurent aussi." (Fritz Lang)
Lors de sa parution en 1938, «Inconnu à cette adresse» fut qualifié par Story magazine, de « nouvelle parfaite ». L’auteur est alors parfaitement inconnu du public : Kressmann Taylor, mère de trois enfants, n’avait jusqu'alors rien publié. Pourtant cette nouvelle est sans aucun doute l'une des plus fortes et des plus troublantes du XXe siècle.
Il était une fois deux hommes, deux amis, deux frères. Le premier s’appelle Martin Schulse. Père de famille respectable, allemand, marchand de tableau. Le second est l’associé de Martin. Juif américain, célibataire, il vit en Californie. Il était une fois la montée du nazisme dans l’Allemagne des années trente. Il était une fois l’histoire d’une amitié trahie, d’une vengeance jubilatoire.
La nouvelle retrace, à travers la correspondance fictive de ces deux hommes de 1932 à 1934, la longue dérive du peuple allemand vers l’hystérie collective. L’analyse d’une clairvoyance implacable de la montée du nazisme fascine d’autant plus qu’elle est faite «à chaud» alors que la seconde guerre mondiale n’a pas encore éclaté et que l’Amérique isolationniste ne perçoit pas encore pleinement le danger représenté par Hitler. Kressmann Taylor évite cependant tout didactisme. Elle écrit par petites touches, subtiles, légères, tisse sa toile de manière imperceptible. Machiavélique. En cinquante pages à peine, tout est dit. Le dénouement est terrible. La dernière page tournée, le lecteur est hébété, anéanti par l’émotion.
Il est des livres si beaux, si forts qu’ils vous entraînent loin, très loin de la pesanteur du quotidien. Il est des livres qui vous empêche de dormir la nuit. Il est des livres où le lecteur ne sort pas indemne. «Inconnu à cette adresse» fait partie de ces livres.
KRESSMANN TAYLOR, Inconnu à cette adresse, traduit de l'anglais (américain) par Michèle Lévy-Bram, Autrement.
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