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L'Echo du Village - Accueil n°158 - 20 septembre 2001
Rubrique voyages animée par Petite Souris


Guilin sur Lijiang
Impressions de Chine.

Du calcaire et de la brume, des Chinois, des Coréens, un bateau, et moi, et moi, ... émois.

Guilin est une ville chinoise, dans la province du Guanxi, à 45mn en avion de CANTON.
Son nom signifie "Forêt des Osmanthus" (arbuste à fleurs blanches qui fleurit au printemps), et elle est connue pour les paysages du fleuve LIJIANG.
C'est le pays du relief karstique qui se prolonge jusqu'au Vietnam pour former les paysages de rocs marins de la baie d'Halong. En Chine, pour les admirer, il faut prendre un bateau entre Guilin et Yangshuo pour une croisière de 83 Km sur le fleuve LIJIANG.

Tout commence le matin de bonne heure. La ville est noyée de brume, la pluie tombe, il y a 100% d'humidité dans l'air... le bus nous dépose près des quais, transis et un peu malheureux.
Des Chinois de Hong Kong, des Coréens, des Européens attendent avec nous. Des sirènes retentissent brièvement dans le brouillard, l'écho leur répond assourdi. La tête nous tourne un peu, c'est le bruit, l'heure matinale, l'absence de repères. La file avance pas à pas.

Nous découvrons notre bateau. Une plage avant réduite, une cabine vitrée de 20 mètres surmontée d'un toit promenade, une plage arrière mal abritée d'un auvent de toile... Ah ! Non ce n'est pas celui-ci mais l'autre amarré bord à bord. C'est son frère d'ailleurs. Nous traversons le premier. A l'intérieur, une coursive et de chaque coté, des banquettes se faisant face deux à deux, et enserrant une table. L'arrivée des passagers a couvert les vitres de buée. Dehors, les nuages gorgés d'eau continuent de rouler.
Le bruit est infernal.
Un choc, des cris, des cornes de brume, la pluie qui change de coté, des fantômes qui glissent lentement derrière les vitres. Nous partons. Vite, aller voir à l'avant !

Le quai s'éloigne de nous, l'étrave frôle une embarcation rudimentaire, une simple pirogue coiffée d'un tunnel de rotin tressé serré. Couleurs chaudes de bois et de fibres patinés et luisants.
A la fois chauffage, éclairage et foyer, un brasero fume à l'intérieur, surveillé par une femme accroupie. Odeurs de pluie, de poisson et de cuisine mêlés, quatre mètres carrés abritent une famille. Leur déjeuner, un poisson de bonne taille, attend, jeté en travers. Je lève mon appareil photo, mais il est trop tard !

Le fleuve est calme et paisible. La pluie diminue pour ne plus subsister qu'en crachin continu. Heureusement, il ne fait pas froid.
Les berges de la rivière LI présentent à droite, une succession de murailles déchiquetées de grottes ou de fissures qui la font ressembler à ces cailloux sculptés qu'on met dans les aquariums. Des lianes, des arbustes feuillus, masquent un peu les arêtes, des stalactites de calcaire dépassent des voûtes comme des crocs. L'eau ruisselle de partout, en cascade, en filet, goutte à goutte, creusant, sculptant dans la roche.
Au loin apparaissent les fameuses roches en dômes pointus. Le brouillard les estompe, les décline du brumeux au presque indiscernable sur une succession de plans qui semblent innombrables.
Le spectacle est magnifique dans la lumière voilée qui pourtant se renforce. Le silence tombe sur le bateau, les caméras tournent, les bouches béent.

Des buffles apparaissent au tournant du fleuve, broutant paisiblement sur les berges. Ils sont aussi gros que les buffles d'Annam, véritables monstres féroces et vindicatifs, que molestent cependant de minuscules bambins préposés à leur garde et qui posent nonchalamment assis sur les échines musculeuses, les pieds sur les cornes acérées.

On frappe à la vitre de la cabine ?
J'aperçois des vendeurs de t-shirts, agitant leur marchandise passablement mouillée dans les sacs plastiques censés les protéger. Comment sont-ils venus là ?
Je sors de la cabine, je monte sur le toit, et là j'aperçois leurs embarcations.
Ce sont trois, voire quatre gros bambous liés ensembles. L'extrémité du radeau est légèrement relevée, sans doute au feu, et ils sont man?uvrés à la perche. Debout, pieds nus sur les bambous glissants, un adolescent s'accroche à notre bateau, et se laisse tirer.
Au milieu du radeau, le dessus d'un bambou a été proprement ôté sur vingt centimètres, et dans cette cavité, flottent les tongs des "marins". Quel astucieux "vide-poches" !
De loin, sur leurs radeaux au ras des flots, tous ces habitants du fleuve semblent marcher sur les eaux.

Des formes sombres, juchées sur des radeaux près de la rive attirent mon regard.
Ce sont les fameux cormorans pécheurs.
Ces oiseaux pêchent pour le compte de leurs propriétaires, en plongeant inlassablement pour attraper les poissons. Bien entendu, leurs maîtres ne croient pas à leur désintéressement. Ils passent au cou du pauvre oiseau, un anneau qui sert de collier pour la laisse, mais empêche aussi l'animal, d'avaler les poissons au-dessus d'une certaine taille. Ceux-là sont pour l'homme.

Après être restés assis à l'intérieur jusqu'à maintenant, sans un regard pour le paysage, les Chinois de Hong Kong s'agitent soudain, crient, se lèvent, arpentent et filent sur le toit promenade. Une fille, assez jolie, manie un impressionnant camescope d'épaule. Je les suis. Ils se photographient et se filment à tour de bras, les uns les autres en groupes peu naturels.

A droite défile, en pleine nature, ce qui semble être un chantier naval, où des squelettes de jonques montrent tous les stades d'une fabrication artisanale qui s'appuie essentiellement sur le bambou, pour la construction, pour les berceaux, pour les échafaudages...

Tandis que les Chinois, regagnent leurs sièges, un nouveau remue-ménage m'attire vers le palier. Sous l'auvent, la "boutique" est ouverte, les emplettes commencent. L'échoppe est bondée, on n'y voit rien. De toute façon, on y achète des riens, qui ne serviront à rien. C'est la "fièvre acheteuse".
En bas, un repas nous est servi, sans intérêt et sans commentaires. On nous propose ensuite fièrement un verre d'alcool blanc, tiré d'un bocal ou flotte un serpent peu engageant.
Nous avons cela aussi en France, mais bien que cela soit peut être pratiqué, je ne crois pas que nous y mettions aussi des crapauds pustuleux !

Le bateau se met à zigzaguer, des sirènes hurlent, l'écho renforce la cacophonie. Que se passe-t-il ? Un autre bateau, la croisière "populaire", réservée aux chinois, trois fois moins chère, se rapproche, tente de nous aborder ? Les "capitaines" crient à pleins poumons, l'équipage relaie.
Les deux bateaux sont bord à bord. Avec un bruit sourd, un énorme poisson est jeté sur notre plage avant ou il se débat avec puissance. On dirait un poisson chat, mais quelle taille atteint-il ? Le calme revient, les bateaux s'éloignent, nous prenons la tête. Nous ne saurons jamais l'explication de ces événements.

Enfin, c'est l'arrivée à Yangshuo, le paysage a perdu tout intérêt depuis quelques kilomètres, et nous ressentons un peu, dans nos membres, les longues heures de navigation. Sur le quai, un vieil homme pose avec un cormoran aussi décati que lui. Pour photographier, sortez vos Yuans !

La foule s'écoule autour de lui, indifférente.

Mybeau
http://mybeau.free.fr


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1 commentaire :
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Guilin sur Lijiang - Par pat970 le 13 février à 00:23

C'est un article très bon. Je pense que Mybeau a donné une excellente image de la Chine. Mybeau est un auteur très créative.
Répondre

 
 
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