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L'Echo du Village - Accueil n°152 - 9 août 2001
Rubrique voyages animée par Petite Souris


L'Alaska c'est exquis
Se fabriquer des souvenirs à s'en faire éclater la tête.

L'Alaska est loin, mais cela vaut le coup si vous aimez les voyages et les paysages, la faune sauvage, la pêche et n'avez pas peur d'oublier le confort!

Personne n'est à l'abri de vieillir, aussi avant de devenir "moins jeune", on peut, à titre d'aventure, partir en Alaska pour une semaine de pêche au saumon à Anan Bay.

Le but est de se trouver là pour le "run" des saumons. Ils reviennent de la mer et remontent les rivières et les torrents pour frayer dans les ruisseaux qui les ont vus naître. Là ils mourront pour laisser la place à la nouvelle génération. On dit que même si on déplace les oeufs dans un autre cours d'eau, les saumons reviennent à celui d'origine ! Mystère.

La préparation commence par la location d'une cabane auprès de leur "office national" pour une somme relativement modique (mais il faut s'y prendre 180 jours à l'avance où alors la place est prise), puis le jeu un peu débilitant de trouver des places d'avions à de bons prix et aux bonnes dates, enfin établir une liste de la nourriture nécessaire ainsi que du matériel idoine. Pour la nourriture on s'adresse au supermarché local par internet, et pour le matériel à un des "charters" basés à Wrangell.
Ce matériel va de la batterie de cuisine, aux glaçières en passant par les jerrycans d'eau potable, les lampes, la radio, un canot à moteur etc.

A titre d'exemple, le voyage, c'est 6815 miles (10904 km). A vol d'oiseau et sans compter le retour ! Un itinéraire un peu farfelu (on peut faire plus court et moins cher mais j'avais mes raisons) peut vous amener d'abord à New York puis après une nuit à déguster le décalage horaire (-6 heures), à Philadelphie puis Chicago, puis Seattle en empruntant 4 avions et 2 compagnies aériennes. Courte nuit à Seattle dans un hôtel sans intérêt, passée à digérer les 4 heures supplémentaires de décalage, et à écouter pieusement les ronflements synchrones ou asynchrones des amis avec qui vous partagez la chambre.
Penser aux boules Quiès (Pub gratuite).
Départ matinal pour Wrangell par Alaska Airlines (pas le choix). Premier arrêt à Ketchikan où généralement on vous annonce d'un ton débonnaire, qu'on repartira quand on pourra, vu que le brouillard rend impossible l'atterrissage à Wrangell. Chic, chic !
Le temps s'améliore quand même au bout de trois heures, et un saut de puce vous amène à Wrangell dont l'aéroport tient de la cabane au fond du jardin.
Quelques courses au supermarché du coin pour compléter la liste de provisions commandée par Internet, puis vous entassez vos sacs, valises, provisions et matériel dans des canots à moteur pour faire les 31 miles qui vous séparent de Anan Bay, votre destination finale.

Les paysages ne déçoivent pas par leur immensité. Des îles, des montagnes couvertes d'arbres émergent des nappes de brouillard. Vous êtes seuls et vous pourriez bien penser avoir changé de planète.
Forêts de conifères surtout, mais forêt pluviale, adjectif que ne contredisent pas les quelques 97% d'humidité.
Les arbres sont gainés de bas en haut de mousses, des lichens pendent aux branches, etc.
Chance, vous pourriez avoir comme nous 4 jours de beau temps splendide, pas un nuage, soleil du matin au soir. Ce qui n'est pas peu dire car le matin commence très tôt et le soleil ne se couche que très tard le soir.

Anan Bay est une baie évidemment, sur laquelle débouchent à travers un lagon, les torrents que remontent les saumons. La cabane est située à environ 1km de l'entrée du lagon, isolée au milieu des bois, mais avec une vue splendide sur la baie.
Ne comptez pas y trouver l'eau courante, l'électricité, et autres commodités. Un toit en forme de A, à l'intérieur un poêle à fuel, 1 table et 2 banquettes en bois et en soupente (accès par échelle) de la place pour 4 matelas pneumatiques (non fournis), des WC extérieurs, point final.
Un ponton réservé permet l'amarrage pour débarquer grâce au canot, matériel et bagages chargés sur le plus gros bateau.
Depuis le lagon, un gentil petit kilomètre de sentier mène à l'observatoire des ours et des saumons car les uns ne vont pas sans les autres.
Quand on dit un kilomètre, n'allez pas vous imaginer une marche paisible d'un quart d'heure. Il y a bien un sentier recouvert de planches, mais c'est là qu'est le piège. L'humidité, les mousses et, il faut bien le dire la fiente d'ours rendent la marche glissante, voire aléatoirement périlleuse. S'entraîner un peu avant d'y aller !
Tout autour de la cabane, rien d'humain. Seulement des ours, des aigles, des loutres de mer et des saumons qu'ont voit sauter dans la baie. Des premiers la présence sur le sentier est plus que probable et 2 rangers vous renseignent à l'entrée du lagon sur l'attitude à prendre en cas de rencontre. J'ai dit vous renseignent ? Bizarre. En bref il faut montrer aux ours que vous êtes le plus fort des deux, ne pas s'approcher, ne pas reculer, ne pas courir, ne pas "faire le mort", ne pas porter de nourriture, etc..... et rien n'est prévu en cas de "contact" très rapproché. Heureusement les ours n'ont pas que cela à l'esprit, paraît-il.
Quand on pense que ces bestiaux là font de 200Kg à deux fois plus, on se dit qu'on vient de passer du premier rang au second dans la chaîne alimentaire !
En ce qui concerne les moustiques, mais vous le savez déjà, nous sommes définitivement relégués en bas de la chaîne !
Se protéger est une absolue nécessité, et pas avec des lotions pour vacances en Lozère ! Les produits à base de DEET sont les seuls qui marchent. Avec, il faut bien le dire, ces spirales vertes qu'on allume le soir (Pas de pub, j'ai oublié leur nom) mais dont on ne peut s'enduire la peau ! Utilisation à l'extérieur uniquement sous peine de descendre encore quelques barreaux de la chaîne alimentaire.

Cette chaîne justement, est composée à la base par les saumons (je passe sur leur nourriture). Les ours mangent uniquement les parties grasses : oeufs, tête, peau et laissent le reste aux aigles, aux loutres et à divers animaux. L'homme constitue un met additionnel à l'occasion.
Les aigles mangent les restes, et pêchent des poissons plus modestes.
Les loutres jouent et mangent tout ce qui passe à portée, y compris les saumons les plus faibles et les coquillages.
Seuls les colibris (hé oui) se nourrissent du nectar des plantes. A ce sujet, en bon néophyte, je trouvais que les bourdons avaient une taille exceptionnelle dans ce pays, mais il s'est avéré que ce sont les colibris qui produisent ce son en volant de plante en plante.
Parfois un colibri s'aventure dans la cabane et tel une mouche se trouve coincé derrière la fenêtre. Vous pourriez donc avoir comme moi le privilège de tenir un colibri au creux de votre main et de l'y photographier. Inutile de préciser qu'aussitôt après, l'oiseau doit être relâché pour qu'il reparte vaquer à ses occupations coutumières.

L'activité principale, à part les tâches incontournables mais sommaires de cuisine et nettoyage de la cabane, consiste à se promener sur le sentier jusqu'à l'observatoire des ours, et à pêcher. A titre de précaution, ne lésinez pas sur l'eau ! Personne ne vient vous dépanner en cas de manque ! Il a fallu à un de mes amis et moi-même, des tonnes de courage pour se laver dans la baie afin d'économiser l'eau potable ! Nous sommes sortis de là à peu près rincés, mais avec les jambes engourdies par l'eau froide.

L'observatoire des ours situé donc à 2km de la cabane, outre la promenade (les glissades, les chûtes, les rencontres avec les ours) permet de contempler les techniques de pêche des ours, et les tentatives de remontée du torrent par les saumons.
Les ours (bruns, noirs ou grizzlis) traversent le sentier ou descendent une pente abrupte de l'autre coté du torrent pour se glisser dans les rochers, capturer nonchalamment un saumon et remonter du même coté pour y déguster leur proie, puis ils recommencent.
Pêche facile car à certains endroits, là où les saumons reprennent quelques forces dans les poches d'eau tranquilles, il y a plus de saumons que d'eau ! En somme c'est le supermarché des ours. On vient, on se sert et on repart.

La pêche par l'homme est un peu plus difficile. Vous pouvez fort bien vous retrouver dans un coin où les saumons sautent hors de l'eau tout autour du canot et ne rien prendre du tout. Question d'heure je suppose. Sinon, le matériel est assez simple : Canne à lancer courte et quadruple hameçon monté sur un plomb. Pas d'appât. Pourquoi faire ? Quand ils y sont disposés, les saumons se jettent agressivement sur tout ce qui bouge. Lancer, ramener en tenant la canne basse. Quand cela mord, vous êtes bien suffisamment prévenu. Un poisson de quelques kilos, balade le canot dans tous les sens, tandis que vous essayez éperdument de ne pas tout lâcher, et de rembobiner, péniblement quelques centimètres de fil à la fois. Sensation garantie ! Epuisette, et votre dîner se débattent au fond du canot en vous giflant et vous éclaboussant tant et plus.
Mais après, quel régal que le saumon frais péché !
A noter que quelques truites se laissent prendre dans le lagon.

A part l'incontournable appareil photo, pour lequel il faut prévoir piles et films, vous en reviendrez, fatigués certes, mais avec la mémoire pleine à craquer de la fantastique beauté des paysages et de l'activité animale encore presque inviolée. Recommandé pour oublier les soirs d'hiver, de routine et de cafard.

Michel, les yeux encore écarquillés de bonheur.

Mybeau
http://mybeau.free.fr


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1 commentaire :
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Alaska - Par fureau le 10 août à 13:31

Quel récit! Ce devait être fabuleux.

Bravo
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