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Mister big Takeshi KITANO
Purisme et souci de la réalité
Takeshi naît le 18 janvier 1947. Alors cadet de la famille Kitano, il vit dans les bas fonds de Tokyo avec ses parents et le reste de sa famille. Son père, Kikujiro, dont il donne le nom au "méchant puéril" dans son dernier film (et dont il est l'interprète), est un yakusa.
Takeshi abandonne ses études scientifiques pour se consacrer pleinement à sa passion : le music-hall. Il créé avec son ami Kiyoshi Kaneko, un duo comique intitulé "The two beats". A la suite de ce couple dont l'un est agressif et l'autre pas, Takeshi remportera un grand succès et the Beats Takeshi (comme il est surnommé) entame une carrière télévisée au Japon. Mais son énergie l'empèche de se limiter à la télévision et bientôt, on le voit partout : radio, journalisme, économie, politique, sciences, sociologie, littérature, poésie...
Ses premières apparitions au cinéma ont lieu en 1983 dans Furyo (ou Merry Christmas Mr Lawrence). En 1989, il remplace au pied levé le réalisateur de Violent Cop, dont il fait un véritable thriller, on ne peut plus sombre, où le burlesque s'entremêle avec la violence la plus terrible et la plus effilée. Cette nouvelle expérience semble lui plaire et il décide donc de mener deux carrières parallèles de comédien et de cinéaste. Se suivent alors Jugatsu, A scene at the sea, premier film dans lequel il ne joue pas, Sonatine, sélectionné au festival de Cannes dans la catégorie "un certain regard" et qui le fait connaître hors de ses frontières. 1994 est une mauvaise année pour Takeshi Kitano dont le dernier film Getting Any est un réel "blup" : il pousse le côté "beats" de Kitano à son extrème et lui donne l'image d'un violent personnage, féroce, doué de bouffonnerie ... Mais 94 est aussi l'année de son grave accident de moto qui le fit manquer pour la deuxième fois de mourir, la première peur survenant à la suite d'une crise d'asthme lorsque celui-ci n'était encore qu'un jeune garçon. Il dit ne devoir sa vie qu'au manque d'argent de ses parents qui les empêchèrent de pratiquer l'avortement. Le visage paralysé à moitié, il réalise trois autres films : Kids Return, Hana-Bi et L'Eté de Kikujiro.
La vie dure de Kitano influença ses films dont la violence et l'idée de mort, de solitude ou de tristesse est souvent omniprésente.
Hana-Bi est un film beau et pur, émouvant aussi, non par les multiples scènes violentes et sanguines qui s'emparent méchamment du film, mais par l'idée incessante et omniprésente de la mort qui innonde non seulement l'histoire mais aussi tous les visages des personnages. Si l'amour a aussi sa part dans son film, celui-ci est à double facette et semble relever bien plus de l'utopie que d'une réalité perpétrable. Chaque fois, la libération de l'amour est en proie à des frontières de taille, impossibles à franchir : le réel est trop difficile à assumer pour certains dans une société japonnaise où l'on traque les yakusas. Pour d'autres, un amour possible ne peut laisser échapper toute son essence à cause de la mort qui guète Nishi (la femme de Takeshi dans le film). Face à ce tragique devenir, il n'y a plus d'alternatives, seulement la fuite vers d'autres horizons et les scènes de violence se trouvent noyées dans les magnifiques paysages que Takeshi Kitano nous plaque au visage. Seul espoir de résistance face au tragique de la vie : l'art et son expression à travers la peinture. L'art d'Horibe, interprèté par Kitano, est un art naïf et coloré, la représentation subjective et irréelle du monde réel, il exprime sa volonté de survivre face aux diverses expériences qui l'assaillent. Son art naît de l'observation de la nature et des gestes humains et nous inspirent un grand apaisement qui entre en conflit avec la violence qui guette à chaque coin de sequences et qui éclate parfois. Tout comme la peinture, la musique et les sons dégagent calme et méditation, les dialogues sont, en avançant dans le film, de plus en plus discrets. Cet exil est une retraite au flambeau avant l'heure et c'est ce qui procure à ce film tout son tragique, toutes ces émotions qui viennent des tripes.
Chacun de ses films, et Hana-Bi plus particulièrement, révèle la volonté de Takeshi de toujours coller au réel. Il en prélève chaque fois un échantillon pour le décrire à travers toutes ses coutures. Si la violence est tellement présente, c'est sans doute parce qu'elle l'est aussi dans chacun des échantillons. Mais chaque fois ses sujets sont traités de manière artistique, une façon d'épurer le réel pour lui conférer une autre dimension beaucoup plus distanciée.
En conclusion, Takeshi Kitano est un artiste qui traite du réel tout en lui donnant un côté fantaisiste. Le collectif est une donnée importante, et est omniprésent tout comme la violence qui fait partie de chacun de ses films. Elle est considérée par Kitano comme part de l'imagerie courante que nos yeux percoivent chaque jour, Hana-Bi la combat.
Petite filmographie :
Comédien :
1983 Merry christmas mr Lawrence (Nagisa Oshima)
1993 Many happy Returns (Toshihiro Tenma)
1994 Johnny Mnemonic (Robert Longo)
1995 Five of them (Takeshi Ishii)
1998 Tokyo eyes (J-P Limosin)
1999 Gohatto (Nagisa Oshima)
réalisateur :
1989 Violent Cop
1990 Boiling Point/Jugatsu
1991 A scene at the sea
1993 Sonatine
1995 Getting any
1996 Kids return
1997 Hana-Bi
1998 L'été de Kikujiro
1999 Brothers
Antoine BOOTOINE
bootoine@aol.com
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