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L'Echo du Village - Accueil n°146 - Jeudi 28 juin
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Une perruche m'a demandé l'hospitalité
Les animaux nés en cage y sont heureux

Une perruche échappée d'une cage jamais identifiée se réfugie chez moi, entre d'elle-même dans une cage présentée et n'en sort plus jamais malgré la porte ouverte.

Autrefois, je n’aimais pas voir les animaux en cage. Je me souvenais de ma captivité comme prisonnier de guerre. Encore avais-je le droit, à l’époque, de sortir dans un périmètre défini pour la corvée de bois. Voici un épisode qui m’a fait changer d’avis. Il est strictement authentique, dans les faits comme dans les quelques mots prononcés.

Nous avions un canari, cage toujours ouverte. Une fois, il s’était perdu dans les arbres de la route voisine. Rappelé, il avait fini, épuisé, par se laisser reprendre.

Un matin de juillet, je travaillai près d’une fenêtre ouverte. J’entendis pépier derrière moi. Sur l’appui, une magnifique perruche bleue était posée, et ses cris avaient une nuance d’anxiété. J’ai l’habitude de parler aux choses, aux bêtes et aux gens avec déférence. Je me fais l’impression de me valoriser moi-même en les valorisant. D’ailleurs, on m’a dit que certaines perruches arrivent à parler, et je pense qu’elles doivent comprendre aussi beaucoup de choses. Je lui dis : « Attends un instant, Perruche, je vais te chercher à manger ». Quelques instants après, je posai devant la perruche pas du tout effarouchée une assiette avec des grains qui avaient été destinés au canari. Une fois rassasiée, elle en laissa quelques uns. « Attends un peu encore, je t’apporte à boire ». La perruche but, puis resta sur l’appui de la fenêtre pendant que je continuai à traiter mes dossiers.

Le manège se renouvela tous les jours. La perruche logeait dans l’arbre du jardin. Elle mangeait et buvait, se laissait approcher, mais pas attraper. Je ne le tentai qu’une fois : il faut respecter la volonté des animaux lorsqu’ils sont amicaux.

La nuit qui suivait le quatrième jour, il y eut un violent orage. Le matin, je vis l’arbre, presque dépourvu de feuilles hachées par la grêle. Au milieu, une petite tache bleue pépiait misérablement.

Je pris la cage du canari et la séparai en deux. La moitié côté canari avait une porte fermée, et l’autre porte était ouverte, avec une petite plate-forme que j’avais agencée pour le confort du canari lorsqu’il pointait le nez dehors. A peine la cage fut-elle posée sur l’appui de la fenêtre qu’une boule bleue fendit l’air. Elle se heurta aux barreaux de la cage. Un instant étourdie, elle tourna plusieurs fois autour de la cage, grimpa, et enfin trouva la plate forme et la porte.

Des affiches chez les commerçants et une annonce dans le journal local n’eurent aucune réponse. Aucun propriétaire ne se présenta.

Perruche et canari fraternisèrent immédiatement. Leur amitié était touchante. Ce n’est que lorsque le canari sortait en promenade volante que la perruche pépiait, sur un ton véhément de reproche angoissé. Les portes ne furent fermées que lorsqu’un chat rodait. Les chats aiment les oiseaux, à la manière dont vous et moi aimons le beefsteak ou les gâteaux. Jamais la perruche ne franchit une seconde fois la porte. Les deux oiseaux moururent de vieillesse, le canari d’abord, la perruche après huit ans.

Depuis, j’aime bien voir des animaux en cage.

Jacques cheneau
cheneaucor@free.fr
http://clinique.le-village.com/checor


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