 |
|

| L'hebdo |
LES ARCHIVES
LA REDACTION
AIDE ET CONSEILS
|
|
|
 |
 |
n°144 - Jeudi 14 juin 2001 |
 |
| Rubrique musique animée par Sincever |
 |

La folle épopée du Djembe
Depuis une dizaine d'années, la guitare a été détrônée dans nos foyers par un instrument de percussion d'origine mandingue. Plus qu'une mode passagère cela traduit un réel manque dans nos sociétés occidentales. Quand l'Afrique vient à notre secours, voici l'appel du Djembe...
Notre époque est celle du métissage des sons et des cultures. Mais ce melting-pot a toujours eu lieu au gré des nombreux mouvements de population que nos civilisations ont connu au fil du temps. Ce qui caractérise notre époque, c'est l'accélération de ces mariages culturels inter-ethniques poussés par la profusion des moyens de communication dont nous disposons maintenant
Que recherche l’occidental en jouant du djembe ?
Sur notre belle terre quand un individu se déplace, il emmène avec lui toute l’histoire ,la culture, le vécu de son peuple. Ces exodes du passé étaient souvent forcés par la nécessité de survivre (guerre, sécheresse, esclavage...)
Une fois ailleurs, ces hommes essayaient tant bien que mal de perpétuer leurs traditions originelles. Mais, le temps passant, elles s’éloignaient de plus en plus de leur fondement car il fallait trouver de nouveaux piliers plus en accord avec le lieu et le moment.
Désormais, certains festivals de musique vont chercher aux quatre coins du monde des artistes qui passent directement de leur état de musiciens traditionnels à celui d’artistes internationaux ! Cela correspond à une recherche d'authenticité qui nous fait cruellement défaut.
Si un instrument a profité de cette formidable explosion de communication, c’est bien le Djembe, car il vient combler un manque dans notre culture classique.
En effet, il est un peu synonyme de la recherche inconsciente du rythme intérieur des populations occidentales. Notre civilisation judéo-chrétienne se redécouvre un corps plus en relation avec le sol et la terre. Notre danse et musique classique a toujours essayé de s’élever vers le divin, vers le ciel pour tenter de se prouver que l'homme était un être supérieur.
Pour illustrer ce propos peut-être un peu hermétique voici un exemple qui vous fera sentir toute la différence. Regardez le pied des danseuses. Dans l’école classique, on l’enferme, le martyrise, le cache dans des chaussons trop petits. Ce sont les pointes. La danseuse essaie au maximum de diminuer le contact avec le sol, se faisant de plus en plus aérienne, ses bras, son cou, sa tête tirant vers l'éther...
La danse d'expression africaine va chercher ses appuis dans la terre. Le pied nu frappe le sol bien à plat. Les jambes sont pliées pour mieux rebondir et le torse est penché vers l’avant.
Un autre des facteurs importants est que la danse classique fut pendant longtemps réservée à « l'élite » de notre société, tandis que la danse africaine est intimement liée aux événements de la vie sociale.
De plus, les différentes tendances de notre danse contemporaine se sont plutôt tournées vers une intellectualisation et une abstraction du corps.
Casser les formes, les mouvements pour pouvoir les recréer. D’Isadora Duncan à Pina Baush en passant par Carolyn Carlson et Maurice Béjart, ces nouveaux chorégraphes ont engendré de magnifiques créations mais cela est resté aussi dans un cadre très élitiste.
Le Djembe a donc fait son apparition en Europe dès que la danse africaine commença à y être enseignée, vous l’avez compris le Djembe est à l’origine indissociable du mouvement. Donc pour terminer cette introduction je vous propose quelques citations d’une danseuse de renom international :
Elsa Wolliaston.
Elle est née en Jamaïque d'un père Kenyan, d’une mère Américaine et s'est installée à Paris dès 1969. Elle a étudié la danse au Nigéria, au Congo, en Côte d'Ivoire, au Bénin et à New York .
Dans ses cours, point de frénésie ni de trémoussements. Sa danse vient de l'intérieur. « On ne pense à rien de précis mais tout est très présent, tout est saisi mais sans fusion, sans confusion. Et ce que le danseur vit, il le traduit directement dans sa danse ».
« Quand je danse, les images se succèdent, me plongent chaque fois dans un état neuf dans lequel je dois retrouver le sens. Ne pas perdre le sens pour ne pas se perdre soi-même ».
Elsa danse mais de ce corps il ne faut pas lire que la vigueur des apparences :
il faut chercher plus loin que la peau et dépasser la tentation de l' exotisme.
Le mystère est tapi beaucoup plus profond, il est physique...
Si vous comprenez cela, vous êtes dans la voie du Djembe !
Son origine
Le djembe est un instrument d'origine mandingue. Les Mandingues sont une grande famille ethnique dont les principaux représentants sont les Malinkés, les Bambaras, les Soninkés. On les retrouve disséminés au Sénégal, en Gambie, au Mali, en Guinée, en Guinée-Bissau, en Sierra Leone, en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso. C'est une ethnie qui fut très puissante. Ils ont la réputation d'être des guerriers et des sorciers. Dès le XIIème siècle, ils ont soumis les diolas, entres autres, pour fonder l’Empire mandingue. Signe de leur puissance, leur animal fétiche est le lion.
Le « griot » malinké fait partie d'une caste de musiciens dont l'origine remonterait à l'âge d'or de l'Empire mandingue. Les « Kouyate », par exemple, sont une grande famille de griots dont le nom aurait été donné par le roi Soumaworo Kanté. Kouyate veut dire « il y a un secret entre nous »
Mais l'instrument du griot, ce conteur et porteur de l'histoire de son peuple était plutot la Cora (harpe) et le balafon (xylophone).
Les joueurs de djembe, à part quelques exceptions (parmi ceux-ci, le Guinéen Papa Kouyaté et le Burkinabé Adama Dramé) ne font pas partie de la caste des griots traditionnels.
Le djembe dont la forme rappelle celle du pilon (ustensile servant à piler les céréales comme le mil ou millet) a sans doute été joué par des cultivateurs et au fil du temps, a fini par s'imposer comme un des instruments préférés des villageois pour les fêtes et cérémonies populaires...
Les djembefolas
Quand les pays africains retrouvèrent leur indépendance les premiers ballets nationaux virent le jour. Il fallait montrer les qualités et la richesse de ces « nouvelles nations renaissantes ». Ainsi, les meilleurs joueurs se retrouvèrent dans les différentes capitales. A partir de ce moment, le niveau des musiciens, en se cotoyant et jouant pour promouvoir les richesses de leurs pays respectifs dans le monde entier, commença à devenir de plus en plus impressionnant. En Guinée, pays d'idéologie communiste, dirigé jusqu'en 1984 par Sékou Touré, des musiciens furent sélectionnés et la plupart des djembefolas(joueurs de djembe) que l’on connaît maintenant en Europe sont issus des grands ballets créés à cette époque.
Les polyrythmies guinéennes sont d’une grande précision. Chaque joueur y a un rôle bien défini, de l’accompagnateur au soliste.
Les ballets de Guinée présentaient jusqu’à une dizaine de djembefolas jouant ensemble sur scène avec en plus les dununs (tambours basses). Un véritable tour de force polyrythmique !
De plus, pour faire partie des artistes « élus du peuple », il fallait être au top et cela créa une véritable émulation et même compétition entre les « Djembefolas ».
D'autres styles de jeux se sont développés en dehors de la Guinée qui fut un pays assez fermé pendant son épopée marxiste. Le Burkinabe Adama Dramé a développé un jeu très individualiste. C’est le premier joueur qui a sorti le djembe de son contexte et l'a amené en Europe. Jusqu’à l’ouverture de la Guinée dans les années 80 il était le seul batteur connu dans nos contrées nordiques.
Petit à petit les Djembefolas ont abandonné les ballets nationaux et se sont réfugiés en Europe. Ils disparaissaient au cours des tournées et demandaient l’asile politique.
Le plus connu d'entre eux, Mamadi Keïta s’est installé à Bruxelles et a créé une école qui a maintenant une réputation internationale. Le monde entier a pu le voir dans un film-document qui a fait date Djembefola.
L'Occident s'empare du Djembe
Au cours des années 1980, le djembe a commencé à faire entendre sa voix partout en Europe et en Amérique. C'était il y a presque vingt ans au festival de jazz d'Angoulème (il s’appelle maintenant festival des musiques métisses !) le batteur de l’Art Ensemble Of Chicago, Famolou Don Moye pour les intimes, jouait de la batterie avec un djembe coincé entre ses jambes !
Des percussionnistes comme Louis César Ewandé, Marc Depond, le groupe Bidon K, Guem et Zaka Percussion ont commencé à faire sortir le djembe de son contexte traditionnel en le mariant à d'autres instruments et d'autres styles. Les Djembefolas guinéens disséminés un peu partout en Europe commencèrent à former des percussionnistes qui à leur tour, se mirent à enseigner.
Maintenant quel carnaval, quelle fête dans le plus petit village n’a pas son groupe de djembe ? C'est impressionnant ! C'est la Djembemania ! D'ailleurs heureusement que l'on s'est mis à en construire en résine, car l'Afrique va perdre tout ses arbres à force de les couper pour les transformer en djembe !
Il va falloir du temps pour assimiler cette nouvelle donne musicale qui a subi pas mal de débordements intempestifs. Mais cela est tout naturel car si les moyens de communication ont fait des progrès,l’intelligence de l'homme a parfois du mal à suivre et certains concerts de Djembe tournent vite aux « Concours de force » sans intérêt. Le métissage des sons et des cultures ne se fait pas à coups d'éprouvettes ! C'est quelque chose qui mûrit lentement... Il faut sûrement quelques décennies pour trouver les bonnes épices qui vont se marier pour composer un plat riche et succulent, alors soyons patient !
Petit abécédaire du Djembe
A comme Appel
Comment font-ils pour s'arrêter tous en même temps ?
Les djembefolas utilisent de petites phrases courtes : l’ appel. Chaque rythme a son appel propre
B comme Bangoura
Mohamed Bangoura, un sacré djembefola lui aussi et Balafon le xylophone africain.
C comme Chèvre ou Cabri
Qu'est-ce que dit un djembefola quand il voit un cabri ? « J’aurai ta peau » et Claqué : le son aïgu que tous les joueurs essayent d'approcher et qui correspond à une position de main. Quand vous l'entendrez vous comprendrez.
D comme Dunun
Les dunun sont des tambours cylindriques, de diamètre variable (25 à 60 cms environ), réalisés en bois ou dans des fûts métalliques. Leurs extrémités sont recouvertes de peaux de vache ou de veau plus ou moins épaisses ou encore de chèvre. Ces peaux sont mises en tension par un système équivalent au montage du djembe.
Posés au sol ou sur un support, ils sont frappés au centre de la peau à l'aide d'une baguette courbée ou d'un bâton. Joués de manière moins traditionnelle, ils peuvent être installés en batterie.
Trois dunun sont habituellement utilisés (par ordre de taille croissante) : le kenkeni, le sangban et le dununba. Sur le kenkeni, il y a une cloche qui « clave » le rythme.
E comme « Epizo » Bangoura, encore un Guinéen qui propage actuellement la djembemania en Australie.
F comme Farafina, groupe du Burkina
Architecture polyrythmique complexe et limpide, la musique de Farafina appelle la danse, irrésistiblement. Elle se structure à partir du tama de Tiawara Keïta, doyen du groupe, qui a perdu la vue. Autour de son jeu métronomique se construisent les variations des percussions reines : mélodies cascadant des lames des deux balas (xylophones en bois munis de calebasses résonateurs) ; ponctuation sourde du bara (calebasse ventrue tendue d'une peau de chèvre) ; profonde assise du domdou'ba (tambour basse au long fût) ; envolées magiques du djembé.
Et comme Famoudou Konaté, qui quitta les Ballets Africains dès la chute de l'ancien régime. Depuis 87, il se rend fréquemment en Europe. il est le plus respecté de tous les djembefolas.
G comme Griot. Le conteur historien porteur de nouvelles. On dit que quand un griot meurt, c'est une bibliotheque qui brûle.
H comme Histoires. Celles que vous pourrez raconter à vos petits enfants « Il était une fois en Afrique... »
I comme images. Celles que vous aurez quand vous reviendrez de voyage.
J comme Jansa. Rythme malien (éthnie kasonké) joué originairement dans la région de Kayes et à Kita à l'occasion des danses de réjouissance des jeunes filles et des femmes.
K comme Koungbanan Condé, spécialiste du dunun et comme François Kokelaere, un excellent percussioniste francais Titulaire du diplôme d'Etat de Professeur de musique traditionnelle, discipline "percussions africaines "djembé"". Il a enseigné pendant 10 ans les percussions, a étudié en Guinée avec Koungbanan Condé du Ballet National Djoliba. Il crée en 1987, l'Ensemble National des Percussions de Guinée dont il assume la direction artistique, le groupe Wassa avec Morciré Camara et plus récemment, le groupe Wofa.
L comme Louis César Ewandé, un sacré artiste et aussi un précurseur du Djembe comtemporain.
M comme Mamady 'Kargus' Keita, premier soliste du Ballet Djoliba, s'installe à Bruxelles et connaît une popularité exceptionnelle grâce, notamment, à sa participation au film Djembéfola de Laurent Chevallier. Il parcourt aujourd'hui le monde.
N comme Noumoudy Keita (ex-Ballets Africains, décédé le jeudi 22 juin 95)
O comme Oreilles. Les oreilles du djembe sont deux plaques en aluminium avec des sonnailles qui vibrent sur les basses.
P comme Polyrythmie mandingue. Certains djembés jouent un accompagnement, un autre djembé soliste marque la danse et improvise sur la polyrythmie qui est en place et dont les lignes de basses sont jouées par les dununs. C'est un mélange de ternaire et binaire.
Q comme Quoi ? Mon article ne vous plait pas !
R comme Doudou Ndiyae Rose. Ce n'est pas un joueur de djembe, mais c'est le roi incontesté du Sabar sénégalais. Il a dirigé dès les années 80 des ensembles de plus d’une centaine de percussionnistes. Il a créé un orchestre de femmes : une révolution en Afrique ! Une grande famille de l'Ethnie des Wolofs, il est respecté et connu de tous les tapeurs de peau du monde entier et sera le sujet de l'un de mes futurs articles.
S comme Sofani. Un des nombreux rythmes du djembe. Soussou est une autre ethnie Malinké. Soungalo Coulibaly est un artiste Malien. Saf Percussions est un groupe métissé composé de musiciens d'origines diverses, rompus à la pratique des arts traditionnels d'Afrique de l'ouest et capables de jouer tout autant des rythmes traditionnels que des morceaux inspirés des musiques actuelles.
T comme Table. Le dos des djembefolas : vous pouvez sauter à pieds joints dessus. C’ est du solide !
U comme Universo Ritmico, Follow Me Records réédite l’album Universo Ritmico de Guem du fameux percussionniste.
V comme Voyage. Mais qu’est-ce que vous attendez !
W comme Wolliaston Elsa. On lui doit beaucoup. Wofa et son soliste Alsény "Solo" Chérif.
X comme http://www.djembe.com target=_blank>Djembe.com, le site de référence du djembe... Foncez–y !
Y comme Yankadi. Un autre des rythmes, c'est aussi le nom de la compagnie de Georges Momboye, danseur ivoirien et le nom d'un logiciel qui vous aidera à comprendre la musique mandingue. Génial, non ?!
Pour le télécharger allez sur percussions.org
Z comme Zaka, percussions et Guem.
Millepied.Marielle@wanadoo.fr
Pour en savoir plus
• le site de réference
des cours des sons des liens tout vous y trouverez tout
http://www.djembe.com/
• les mandingues
les mandingues musiciens
http://www.mediaport.net/AfricArt/100CD/Region/region1.html
• les annéees 90
par François Kokelaere et Nasser Saïdani un excellent article
http://www.pragmasoft.be/djembe/articles/Annees90/intro.html
• les dununs
dununs la basse qui chante...
http://www.sanouplay.com/dunu.htm
• Mamady keita site officiel
le site du plus connu des djembefolas
http://www.pragmasoft.be/mamady/
• farafina
Burkina ..un excellent groupe
http://www.mediaport.net/AfricArt/100CD/CD/006.html
• le montage du djembe
tout vous saurez tout sur le djembe
http://www.chez.com/djemweb/zmontage.htm
• l' empire mandingue....
histoire quand tu nous tiens
http://www.cite-musique.fr/francais/jeunes/concerts_et_spectacles/a_laffiche/mandingue/index.htm
• adama dramé
le site d'un précurseur
http://www.mediaport.net/AfricArt/100CD/CD/005.html
• des images
pour vous mettre dans l'ambiance
http://www.kalibwabwa.com/mali.html
• les années records
le 3 juin 2001 Le djembe rentre dans le livre des records ..20 000 djembefolas
vont jouer ensemble..
http://www.bangthedrums.nl/index_fr.html
• quelques extrait en videos
quelques videos tres courtes a telecharger Interessant quand même
http://www.cnmat.berkeley.edu/~ladzekpo/concertvideo.html
• les ethnies du Sénégal
pour ceux qui veulent aller plus loin
http://www.senegalaisement.com/ethnies.html
• rencontre avec un griot
et plus loin
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3246--173077-,00.html
• percussions .org
vous trouverez sur ce site tres complet un logiciel tres interessant pour les percussionniste
http://www.percussions.org/home.php3?file=homeacceuil
• un coup de gueule
un petit coup de gueule pour ceux qui confondent Djembe et enclume
http://cosmoledo.ifrance.com/cosmoledo/djembe.htm
|
|  |
 |
 |
 |
|