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n°125 - 1er février 2001 |
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| Rubrique surf animée par Manu assistée par Logikman |
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J'ai testé pour vous le site du MEDEF
Pour ceux qui ignorent ce qu'est le MEDEF (Mouvement des Entreprises de France), sachez qu'il s'agit d'une sorte de club où aiment à se réunir les plus grands patrons de France pour discuter entre deux tranches de foie gras, de l'avenir de l'économie française. Le MEDEF n'est pas inoffensif, il a un rôle actif : il négocie avec l'Etat et avec les syndicats pour réclamer moins d'impôts pour les entreprises, moins de protection sociale pour les salariés et d'une manière générale pour obtenir toujours plus de flexibilité et de libéralisme sauvage. Or vous savez ce que c'est : c'est samedi soir, la pluie tombe à verse, tous vos copains sont partis et vous vous ennuyez chez vous. Pour passer le temps vous décidez de surfer et de rechercher un site grotesque qui à défaut de vous faire rire vous fera passer le temps. C'est ainsi que j'ai échoué sur le site du MEDEF.
Le poids du logo, le choc des photos
Une des caractéristiques du site du MEDEF est son amour immodéré pour les logos ridicules. Ainsi la rubrique « actualité » est représentée par une cloche. C'est une cloche semblable à celle qu'utilise la maîtresse de la petite maison de la prairie pour appeler ses élèves. Une cloche toute simple quoi, qui sent bon le XIX° siècle. La rubrique « profession entrepreneur » a pour logo un ressort. Ne me demandez pas pourquoi. Les voies du MEDEF sont impénétrables. En revanche, pour la rubrique loi des 35 heures, c'est un labyrinthe. Là, le message est clair : la loi des 35 heures est si complexe pour ces libéraux que l'on si perd. HOU! Jamais un dessin n'aura été aussi subversif et la puissance du message me laisse pantois. Même le Jacques Faizant de la belle époque n'aurait pas fait mieux.
Les illustrations sont rares mais ô combien rigolotes et riches de sens. Pour le MEDEF l'entreprise est un lieu de convivialité, de bonne humeur et de belles chemises. Les « entrepreneurs », des hommes mûrs à la crinière argentée et majestueuse, ont les dents blanches et les bretelles bleues. Le regard pur du bon patriarche entrepreneur est visionnaire. Dans sa grande mansuétude, ledit chef d'entreprise prodigue ses conseils à de jeunes femmes en tailleur. Curieusement, point d'ouvriers, ni de serfs. Il est vrai que leurs mines d'exploités de travailleurs à la chaîne feraient tâche dans ce monde idyllique qu'est l'entreprise. Seuls les cadres comptent. Ils sont épanouis, jeunes, beaux, bronzés et point stressés par leurs 60 heures de travail hebdomadaire.
Les e-analphabètes
Sur le site du MEDEF, on apprend plein de mots nouveaux qui à coup sûr devraient révolutionner la langue française. Il y a tout d'abord le vocabulaire idiot propre au monde de l'entreprise : les patrons sont des « façonniers du changement », leurs efforts sont « entrepreniaux », et ils appellent de leur voeux à la « refondation sociale » ( refonte sociale aurait été aussi bien). Désormais on ne dit plus ploucs de paysans corréziens mais "agrimanagers". Pour le MEDEF, il ne s'agit plus de se cultiver et d'apprendre chaque jour un peu plus mais de savoir « gérer ses connaissances ». Ils nous parlent aussi des vertus du knowledge management (?). Et puis surtout, les patrons français du III° millénaire sont à la pointe de la modernité. Sous prétexte qu'ils ont appris à cliquer sur la souris pour surfer sur la toile, ils s'arrogent le droit de créer des néologismes. Je n'ai rien contre les néologismes, certains sont très biens, y compris ceux empruntés à la langue anglosaxonne. Mais ces puissants cerveaux que le monde entier nous envie, se contentent d'ajouter « e-» devant chaque mot : e-consommateur, e-démocratie, e-dictature, cité e-déale, e-entrepreneurs, e-business, e-au plat... Ce sont vraiment des e-cons. Le linguiste Claude Hagège affirme dans son dernier livre « Halte à la mort des langues » (Odile Jacob, 2000) que les vrais responsables de l'appauvrissement de la langue française ce ne sont pas, comme voudraient nous le faire croire certains puristes xénophobes, les jeunes de nos banlieues, mais bien nos « décideurs économiques » qui dénaturent et la langue de Shakespeare et celle de Molière. Sous couvert de modernité, ils véhiculent un vocabulaire pédant et vide de sens.
Les pique-niques du MEDEF
"Le Net apaisera les tensions civiles de nos sociétés parce que tous s'exprimeront, même s'ils ne sont pas entendus. "
(Nicolas Sarkozy, député RPR, maire de Neuilly-sur-Seine, ancien ministre)
A ma grande surprise il n'y a pas de rubrique esclavage. En revanche, je vous recommande vivement les pages consacrées à l'université d'été du MEDEF. C'est indéniablement le point fort du site. C'est sur ces pages que le MEDEF montre tout son savoir faire en matière de multimédia. On y trouve le seul gif animé du site (une espèce de soleil qui clignote). On y trouve même des photos et des vidéos du pique-nique. Le baron Ernest est sans cravate, détendu, un sourire franc accroché à son visage qui laisse entrevoir ses jolies incisives. Et puis il y a ses potes, tout aussi décontractés, de beaux chefs d'entreprises qui respirent la joie de vivre. On les devine bons pères de famille, honnêtes et respectables. On leur donnerait le bon dieu sans confession. On a du mal à croire en les voyant qu'il s'agit des fossoyeurs de nos acquis sociaux. Pour un peu on se croirait à la fête de l'Huma : seul manque le stand Pif gadget et le concert de Jean Ferrat. Mais le MEDEF ne se contente pas de faire des après midis merguez. Le MEDEF pense. Le MEDEF réfléchit. Le MEDEF a des « ateliers de réflexions ». Le MEDEF est un grand courant d'idées. Les discours et autres allocutions de ces intenses et puissantes cogitations sont tous publiés sur le site. Et là j'avais le choix : ou bien j'acceptais de me taper dans le détail toutes ces belles paroles ou bien j'allais directement à leur excellente rubrique Verbatim (que personnellement j'aurai appelé grand bêtisier ) où sont exposés les principales citations de ces e-philosophes. Suivant mon instinct profond de fainéant, j'opte pour la seconde solution. Je n'ai point été déçu. Comme je ne suis pas chien je vous ai sélectionné les meilleurs citations :
Morceaux choisis
« Nous sommes sur le chemin de 'l'entreprise jetable', c'est-à-dire l'entreprise qui se constitue pour le besoin et le temps d'une mission. Cela implique une nouvelle façon de gérer les hommes . » (Loïc Lemeur, PDG de Bussiness Pace) : après le stylo et le rasoir jetable, les salariés jetables. Les salariés ne sont plus des hommes mais des machines qu'il faut gérer comme on gère des stocks de biscuits à flux tendus. J'en connais qui se préparent des lendemains difficiles.
-« Plutôt que de e-consommateur il faut parler de consommateur à la puissance 'e'. » (Hervé Juvin, président d'EuroGroupe France) : et moi je propose qu'au lieu de parler de e-crétin on parle de crétin à la puissance 'e'.
-« Les agrimanagers concilient tradition et modernité. Ils seront nombreux à devenir des 'e-paysans'. » (Luc Guyau, président de la FNSEA). Et les vaches deviendront des e-vaches folles.
-"Le Net apaisera les tensions civiles de nos sociétés parce que tous s'exprimeront, même s'ils ne sont pas entendus. " (Nicolas Sarkozy, député maire de Neuilly-sur-Seine, RPR, ancien ministre). En résumé, le net procurerait à chacun l'illusion d'avoir la liberté d'expression (mais au fond a-t-il vraiment tort?)
-"Le plus dangereux consisterait à pousser la e-démocratie jusqu'à la démocratie directe. " (Nicolas Beytout, directeur de la rédaction des Echos). Oui c'est vrai faudrait pas plaisanter. Si les gens commencent à parler aussi librement dans les syndicats d'entreprises que sur le net, c'est la mort du paternalisme.
-« Le débat lancé par les entrepreneurs ne s'arrêtera plus » : bonne nouvelle, cela fera rire les enfants.
torpedo@gmx.fr
Pour en savoir plus
• le site du medef
http://www.medef.fr/
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